3 classiques de la littérature brésilienne #JO2016

Les jeux olympiques ont démarré depuis quelques jours déjà ; ils ont lieu cette année à Rio, et vous n’êtes sûrement pas sans savoir mon amour pour la littérature brésilienne ! C’était donc une occasion parfaite pour vous parler de trois classiques que j’ai lus dernièrement.

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La Terre de la grand soif, c’est l’histoire d’une des nombreuses sécheresses dont la région du Sertão est victime -et c’est tout particulièrement celle de 1915 qui nous est racontée dans ce roman de Rachel de Queiroz. On suit toute une famille qui est contrainte de quitter les terres sur lesquelles elles travaillent : faute d’eau, les bêtes ont été relâchées et privent ainsi de travail toute une population. Sur les routes, le couple et ses enfants vont essayer de survivre, ils vont continuer à marcher malgré les malaises, les douleurs, les évanouissements et verront la mort plus d’une fois. J’ai beaucoup aimé lire La Terre de la grand soif ; je l’ai trouvé très énigmatique, tout en délicatesse et en subtilité, peut-être trop opaque parfois, trop saccadé, mais j’ai apprécié la douceur avec laquelle l’auteur nous raconte cette histoire difficile. C’est d’ailleurs le livre le plus triste de cette sélection.

Dona Inacia fit le signe de croix et baisa deux fois la petite médaille de saint Joseph avant de terminer : “Daignez entendre nos supplications, ô très chaste époux de la Vierge Marie, et exaucez nos prières. Amen.”

Conceição, qui nouait ses tresses assise dans un hamac dans un coin du salon, vit sa grand-mère sortir du petit oratoire et l’interpella :

-Toujours pas de pluie, hein, Mamie Nacia ?

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En lisant L’Enfant de la plantation, j’avais un peu l’impression de lire un roman de Zola, dans la mesure où on suit un enfant pendant environ dix ans et où on le voit évoluer dans l’environnement qui l’a accueilli. Adopté par son grand-père après que son père ait tué sa mère, il va grandir dans la plantation de son aïeul, se confronter à la réalité et aux difficultés d’une plantation, découvrir la vie en communauté. C’est un roman que j’ai bien aimé car il est simple et très fluide : il se lit très rapidement et l’auteur nous raconte avec une terrible efficacité la vie d’un garçon sur plusieurs années. Le style d’écriture est assez froid et impersonnel, José Lins Do Rego ne se perd pas en détails superflus et ne s’épanche pas en émotions. J’ai passé un très bon moment avec ce livre, mais pour être honnête je l’ai trouvé un peu “plan-plan”.

J’avais à peu près quatre ans lorsque ma mère est morte. Un matin, alors que je dormais dans ma chambre, je fus réveillé par une intense agitation dans toute la maison. Des gens criaient et couraient en tous sens, et la chambre à coucher de mon père était remplie d’inconnus. Je m’y précipitai en courant et vis maman étendue par terre, papa écroulé sur elle, l’air hagard. Tous ceux qui étaient là regardaient la scène comme s’ils étaient au spectacle. Je vis alors que maman baignait dans une are de sang et je courus pour aller l’embrasser, mais on m’attrapa fermement par le bras. Je pleurai, me débattis autant que possible, en vain. Un homme qui venait d’arriver avec quelques soldats ordonna à tout le monde de quitter la pièce, seule la police pouvait rester là, et personne d’autre. (incipit)

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L’histoire de Bernarda Soledade, tigresse du Sertão est sans aucun doute la plus poétique des trois. Raimundo Carrero nous raconte dans ce livre l’histoire d’une famille de femmes fortes, dominatrices, presque folles et à l’égo démesuré, mais c’est surtout de Bernarda, l’aînée de la famille, que le romancier nous parle. Elle règne en maître sur le domaine de Puchinãnã : autoritaire et impressionnante, seule contre tous, elle fait face aux rebelles qui veulent récupérer les terres dont ils ont été privés et qui appartiennent maintenant à la tigresse. Bernarda Soledade est un roman riche en aventures et en combats, il met en scène des héros épiques et passionnés, nous propose des scènes aussi sanglantes qu’oniriques. J’ai bien gardé le meilleur pour la fin : c’est le roman que j’ai préféré !

Les chevaux en colère, indomptables, ruent dans le vent du corral. Ils piaffent, hennissent, s’attroupent en une horde sinistre, mais la clôture de branchages est trop haute pour eux. Certains, les plus téméraires, s’écorchent les sabots contre la rocaille avec des cris qui sifflent comme des balles. Aussi furieux qu’eux, le vent fouette la forêt, effraie les fantômes. La lune rousse disparaît peu à peu, comme si elle était le prolongement du soleil, le prolongement du feu. Les rafales enflent, affolent les chevaux sauvages, fauchent les plus fragiles des arbres. Le ciel s’assombrit. La nuit prend possession des terres de Puchinãnã. Dans e maison de maître envahie de lianes, de cactus, de fleurs des bois, de plantes rampantes, une dernière fenêtre est refermée Et l’obscurité énerve encore plus les animaux qui, faut d’espace, se bousculent. Leurs yeux en feu sont au bord de l’explosion. (incipit)

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Les trois romans que je vous ai présenté aujourd’hui et sont trois classiques de la littérature brésilienne, publiés aux éditions Anacaona dans leur collection Terra (je vous en parlais, entre autres, ici). Cette collection fait honneur à la région du Nordeste : plus éloignée des grandes métropoles, aride, riche de plusieurs cultures et croyances. On retrouve ainsi cette ruralité dans les trois livres que je vous ai présentés. Publiés en 1930, 1932 et 1973, ils témoignent de l’histoire particulière du Brésil et d’un attachent à ses racines.

Avez-vous déjà lu des classiques de la littérature brésilienne ? Lesquels me recommanderiez-vous ?

8 commentaires sur “3 classiques de la littérature brésilienne #JO2016

    1. Bernarda Soledade est mon préféré en effet 😉 J’espère vivement que tu auras l’occasion de les découvrir, et merci pour ton commentaire, ça me fait super plaisir que cet article t’intéresse !

  1. C’est là que je me rends compte que j’ai un retard énorme en ce qui concerne la littérature étrangère…
    Je crois que sur les trois c’est L’enfant de la plantation qui me tente le plus !
    Encore merci pour ces découvertes qui changent un peu de ce qu’on voit habituellement sur la blogo…

    1. Merci pour ton commentaire Solène ! L’Enfant de la plantation est chouette, et c’est sûrement celui qui ressemble le plus à la littérature européenne, c’est peut-être plus facile de s’y retrouver 🙂

  2. Je note les titres de ces romans ! “L’enfant de la plantation” et “tigresse du Sertão” me tentent bien 😉
    Merci beaucoup pour ces découvertes (d’autant plus que les couvertures sont magnifiques ! ) 🙂

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