3 polars canadiens au banc d’essai

Hello,

On se retrouve aujourd’hui pour le troisième article de la série du Tour du monde du polar, et le premier de 2016 ! C’est d’ailleurs un article assez cher à mon cœur puisque je vais vous emmener dans un pays que j’aime tout particulièrement : le Canada.

3 polars canadiens au banc d'essai

1

NATURE MORTE, LOUISE PENNY

louise penny nature morte

 

Le matin de Thanksgiving, on découvre dans le paisible petit village québecois de Three Pines le cadavre d’une vieille dame aimée de tous. L’inspecteur Armand Gamache, de la Sûreté du Québec, est chargé de l’enquête. Ce meurtre est déroutant. Qui voudrait voir morte une vieille dame aussi gentille? Le mystère s’épaissit à mesure que l’on met au jour des oeuvres d’art que la victime a longtemps gardées secrètes. Rustiques, primitives et troublantes, ces peintures touchent différemment tous ceux qui les voient… Le premier roman d’une série qui a reçu les récompenses les plus prestigieuses.

 

 

La neige est tombée sur le village de Three Pines au Québec, elle recouvre la terre et les toits des maisons et sert de manteau au corps de Jane Neal, retrouvée avec une flèche plantée dans le cœur. La découverte du cadavre de cette femme âgée bouleverse le voisinage de Three Pines et le quotidien de ses habitants : chacun s’étonne de penser que quelqu’un ait pu vouloir du mal à cette innocente institutrice à la retraite -à tel point que certains de ses proches en viennent même à penser que ce n’est qu’un accident de chasse. Le mystère est d’autant plus présent que la victime était aussi peintre à ses heures perdues, et allait exposer une toile toute particulière à l’occasion de l’exposition de peinture annuelle du village. Mais la lumière va enfin être faite sur cette affaire grâce à l’inspecteur Gamache qui, aidé de son équipe de choc, entend rétablir la vérité de ce petit et apparemment charmant village…

L’ambiance du côté de Three Pines est plutôt calme : chaque habitant y a ses habitudes depuis des années et les habitudes y sont bien établies… Les personnages de Louise Penny sont d’ailleurs assez conventionnels. Ils n’ont rien d’extravagant et se fondent dans le décor à la perfection. L’ambiance de ce petit village du Québec est également parfaitement retranscrite par le style de l’auteur : elle prend son temps et accorde de l’importance aux détails, aux petits renseignements sur le lieu et les protagonistes -signe que Nature morte est le premier livre d’une série, d’ailleurs. J’ai bien apprécié l’enquête en elle-même, mais j’ai trouvé le rythme de ce récit très lent. Trop long à démarrer, trop tranquille et pas assez palpitant, ce roman a failli me lasser à de nombreuses reprises… Enfin, Nature morte est un polar qui plaira sûrement à ceux qui apprécient les décors et les ambiances élaborés avec minutie. Si vous préférez les romans bien noirs, sanglants ou effrayants, passez votre chemin -en cela, le roman de Louise Penny m’a parfois fait penser à La Princesse des glaces de Camilla Lackberg. Quelques touches d’humour se glissent même ici et là, grâce à des personnages parfois assez potaches ! Bref, un bon roman policier construit sur un contexte et des personnages très forts, que vous aimerez si vous préférez les histoires qui prennent leur temps à celles qui vous donnent des sensations fortes.

Les maisons, Gamache le savait, sont des autoportraits. Chacun des choix d’une personne -couleurs, meubles, images -, chaque touche révèle l’individu. Si Dieu, ou le diable, est dans les détails, l’humain l’est aussi. Est-ce sale, désordonné, d’une propreté maniaque ? Les décorations ont-elles été choisies pour impressionner ou est-ce un fatras d’histoire personnelle ? L’espace est-il encombré ou dégagé ? Chaque fois qu’il entrait dans une maison au cours d’une enquête, un frisson le parcourait. Il avait hâte d’entrer chez Jane Neal, mais cela devrait attendre. Pour l’instant, les Croft étaient sur le point de se révéler. (p.170)

2

TROIS FOIS LA BÊTE, ZHANIE ROY

trois fois la bete zhanie royÉté 1935 dans un village du Québec. Une bête rôde.

En pleine canicule, des enfants sont retrouvés morts, éventrés près de la rivière. Le cimetière du village, plein à craquer, ne peut plus accueillir de dépouilles. Le curé souhaite établir un nouveau cimetière sur une terre inondable mais tous ne sont pas du même avis… Les querelles se multiplient et la panique s’installe au village. Et si le loup n’était pas responsable de ces disparitions…

Trois fois la bête se situe entre la comptine et le refrain des morts. C’est une fable intrigante qui, sous ses relents d’horreur, évoque l’amour et la solidarité.

 

L’histoire se passe dans un petit village de la province du Québec, dans les années 30. Alors que l’Eglise catholique cherche à maintenir tant bien que mal son pouvoir et son influence parmi les villageois, quelques innovations venues des Etats-Unis annoncent l’arrivée d’une ère nouvelle et le changement des mentalités… C’est dans ce contexte que sont retrouvés, les uns après les autres, plusieurs jeunes enfants morts, les entrailles hors de leur corps. En plus de choquer les familles des victimes, ces meurtres troublent la vie quotidienne du village en ce qu’ils suscitent un vif débat : les habitants désapprouvent en effet la volonté du maire d’enterrer ces enfants sur une terre inondable… Les débats et rancœurs viennent ainsi s’ajouter à la peine, à la peur et à l’horreur.

Sans avoir eu de coup de cœur pour l’écriture de Zhanie Roy, j’ai trouvé son style agréable à lire et plutôt bien rythmé, il est efficace et nous procure les sensations que l’on peut attendre d’un thriller. J’ai bien aimé l’ambiance de huis clos que l’on retrouve dans ce village du Québec, on sent que l’atmosphère est souvent oppressante et les tensions entre les différents personnages difficiles à gérer : un certain suspens est ainsi mis en place et bien mené jusqu’au dénouement final (que j’ai lui aussi beaucoup aimé !). J’ai beaucoup aimé le panel de personnages proposés : ils sont à la fois assez nombreux pour créer un univers crédible et fouillé, mais en même temps pas trop nombreux non plus de telle sorte que l’on a l’impression que chacun d’entre eux est coupable, que chacun est louche et a quelque chose a cacher. Trois fois la bête est un polar qui reprend sans problème les codes du genre en y ajoutant une ambiance de petit village québécois charmante et flippante -ce n’est pas le policier le plus marquant que j’ai pu lire et je le trouverais très dispensable s’il ne se passait pas au Canada, mais c’est cet aspect qui donne selon moi tout son charme au roman de Zhanie Roy. Une bonne histoire, loin d’être inoubliable, mais que je vous conseille si vous raffolez de l’ambiance canadienne ou du grand Nord !

Au moment où Thérèse rejoint la table, la porte s’ouvre derrière elle. Entre son mari Vilmer. Elle ne se retourne pas. Elle ne réagit pas non plus lorsque son époux crie le nom de Léa d’une voix rauque, déchirée. Elle laisse ses yeux se promener sur le visage, les mains et les épaules de son enfant tout en évitant sciemment le ventre béant, dégoulinant des entrailles de la fillette. Malgré le drap qui camoufle l’image de la mort, on devine par les creux et les protubérances du tissu que le corps n’est pas intact. Puis, un coin à peine relevé donne à voir un bout de tripe qui pend de l’abdomen éventré. Pour Thérèse n’existe que le sourire radieux de sa Léa. Elle s’y accroche pour ne pas tomber, pour ne pas sombrer dans la part d’ombre qui hurle dans sa tête, les bruits de l’enfer et du désespoir. Elle lutte pour ne pas laisser le froid envahir son corps et lui brûler le cœur. Elle refuse de laisser sa pensée s’engourdir et la rendre monstrueuse, animale. (p.39)

3

ALISS, PATRICK SENECAL

aliss patrick senecalIl était une fois… Alice, une jeune fille curieuse, délurée, fonceuse et intelligente de Brossard. À dix-huit ans, poussée par son besoin d’affirmation de soi, elle décide qu’il est temps de quitter le cégep et le cocon familial pour aller vivre sa vie là où tout est possible, c’est-à-dire dans la métropole. À la suite d’une rencontre fortuite dans le métro, Alice aboutit dans un quartier dont elle n’a jamais entendu parler et où les gens sont extrêmement bizarres. Mais c’est normal, non ? Elle est à Montréal et dans toute grande ville qui se respecte, il y a plein d’excentriques, comme Charles ou Verrue, d’illuminés, comme Andromaque ou Chess, et d’êtres encore plus inquiétants, comme Bone et Chair…
Alice s’installe donc et mord à pleines dents dans la vie, prête à tout pour se tailler une place. Or, elle ne peut savoir que là où elle a élu domicile, l’expression être « prêt à tout » revêt un sens très particulier…

Alice a 18 ans, et comme beaucoup d’adolescents de son âge, elle remet en question les adultes qui font figure d’autorité autour d’elle et s’interroge sur le contexte social dans lequel elle est née. De plus en plus hantée par l’impression de n’être qu’un pantin qui répond aux conditions de son milieu, convaincue qu’elle ne connaît pas la “vraie” vie, Alice est à la recherche d’un ailleurs qui puisse satisfaire sa soif de curiosité et son envie de repousser ses limites. Mue par cette énergie, elle décide ainsi de quitter la maison de ses parents pour aller vivre seule à Montréal. Sans avoir rien prévue et après avoir voyagé au gré du hasard, l’héroïne se retrouve dans un quartier bizarre de la ville, où ses voisins ressemblent tous bizarrement à un personnage du conte de Lewis Carroll et semblent vivre selon une logique qui leur est propre… et qui défie les lois de la morale.

Aliss est un roman assez noir à première vue. D’abord, il parle évidemment de la crise identitaire par laquelle on peut passer à l’adolescence, et selon laquelle on peut parfois penser qu’il faut “aller jusqu’au bout” et repousser toutes ses limites pour savoir qui on est et s’épanouir pleinement, il exprime ainsi le mal-être des adolescents. C’est également un roman noir dans la mesure où il met en scène de nombreux meurtres, scènes de torture et de sexe assez largement inspirées par le Marquis de Sade : Patrick Senécal abreuve clairement le lecteur en scènes gores. Pourtant, ces passages qui auraient pu être insoutenables dans un autre livre étaient ici franchement drôles : absurdes au possible, ils frisaient parfois le ridicule et flirtaient avec un côté assez grotesques ! J’ai beaucoup aimé l’autodérision et l’humour présents dans cette histoire, qui ajoutent tout de suite une touche de légèreté au roman. J’ai également adoré les nombreuses références à d’autres œuvres littéraires qui sont faites : Nietzsche, Racine, Lewis Carroll… distillées dans tout le roman, elles donnent une touche très sympathique au roman et accrochent le lecteur. Petite originalité non négligeable : Aliss n’est pas un roman policier au sens conventionnel du terme : sans meurtre ni enquêteurs, l’auteur a en revanche construit un univers plein de mystère et oppressant qu’Alice cherche à expliquer. L’univers de Patrick Senécal est enfin très bien élaboré, les personnages sont uniques et délicieux à découvrir et la trame du récit est impeccable. Aliss s’impose ainsi comme un roman policier bourré d’originalité : réécriture de conte qui flirte avec le fantastique et le thriller, c’est une histoire qui nous invite à nous poser quelques questions sur la morale et l’identité tout en nous offrant un moment assez drôle et délicieux !

Bref, depuis la méga-soirée chez Verrue, les choses sont plutôt tranquilles. Je voulais me tenir loin des gens bizarres que j’ai rencontrés, et c’es ce que j’ai fait. Je voulais arrêter de m’interroger sur ce maudit Palais, et c’est ce que j’ai fait aussi. Hier, j’ai vu Charles, de l’autre côté de la rue, et je me suis éloignée en vitesse, avant qu’il me voie. Résultat de toutes ces prudences : je m’emmerde. Je travaille, écoute un peu la télé et beaucoup de musique. Super ! Je suis pas convaincue que l’emmerdement est le meilleur moyen de devenir la surfemme. La surfemme s’emmerde sûrement jamais. (p.163)

Pour conclure, je dois avouer que j’ai adoré me plonger dans les décors du Canada grâce à ces livres ! L’ambiance du Nord se prête assez bien aux romans policiers (la Suède nous l’a déjà montré) et j’aime assez la petite touche d’humour que l’on retrouve dans ces polars québécois. Les personnages mis en scène ont tous des caractères très forts et ont souvent plus d’importance que l’intrigue. L’ambiance qui se dégage de ces romans est étonnamment conviviale et chaleureuse, bien plus que ce que l’on s’attend à trouver dans un roman “noir”. Vous l’avez sûrement remarqué, mais mon préféré de cette sélection est sans aucun doute Aliss de Patrick Sénécal, j’ai adoré son originalité et l’ambiance qui s’en dégagent. Avez-vous déjà lu des polars québécois ? Qu’en avez-vous pensé ?

le mois du thrillerCet article est publié dans
le cadre du challenge “le mois du thriller”
organisé par La Rousse Bouquine !

8 commentaires sur “3 polars canadiens au banc d’essai

  1. J’ai adoré Aliss moi aussi, je l’avais lu quasiment d’une traite tellement c’était prenant ! Par contre je ne me souviens pas que ce soit vraiment un roman policier… Globalement les romans de Senécal sont vraiment très bons, il a un univers particulier et super efficace ! Sinon pour les polars québecois, j’ai lu Les fiancées de l’enfer de Christyne Brouillet, qui fait partie d’une série je crois, et que je me souviens avoir bien aimé aussi 🙂

    1. C’est vrai que c’est pas un roman policier au sens conventionnel du terme et que ça se rapproche plutôt d’un thriller, après je t’avoue que je voulais tellement en parler que je l’ai mis dans cet article ^^ Comme toi je l’ai vraiment adoré et j’ai été hyper surprise par l’univers, les personnages et le ton de Patrick Senécal, j’ai trouvé ça génial ! Merci pour ta recommandation, je me note ça et j’irai le prendre la prochaine fois que j’irai à la Librairie du Québec 😉

  2. Le fameux Aliss ! Effectivement ça a l’air bien bizarre…

    Et moi qui hésitais à craquer pour Nature Morte, je crois que je vais attendre encore un peu… En ce moment je lis pas mal de romans où le rythme est très lent et ça commence à me barber un peu. Donc je crois que ce n’est pas du tout le bon moment pour m’y mettre !

    Et merci pour les crédits 😉

    1. Oui c’est super bizarre haha mais super chouette. Et je me rends compte que la fin est assez flippante en fait avec du recul, c’est assez glaçant !
      Franchement Nature morte n’est pas celui que je te conseilles le plus… surtout si tu en as marre des rythmes lents ! Pas de souci, je suis en train de me bouger les fesses pour poster d’autres articles en rapport avec le challenge :-p

  3. Aliss! Un de mes livres préférés. Je l’ai lu et relu à maintes reprises! Je crois que je l’ai autant adoré, car une part de moi se reconnaître dans ce livre. Étant une fière Montréalaise, je pouvais aisément m’imaginer à la place de l’héroïne en le lisant. J’adore également beaucoup ce livre également, car son auteur est Patrick Sénécal, un auteur que j’adore sans doute mon auteur préféré avec Stephen King. Par contre, il n’est pas mon préféré de cet auteur! Celui que je préfère est « Hell.com », si tu ne l’as pas lu, je te le conseille, il en vaut bien le détour!

    1. J’ai adoré ce titre aussi, je crois que maintenant je vais essayer de mieux connaitre Senécal !! Je t’avoue que j’ai adoré le fait qu’il se passe dans les rues de Montréal aussi, ça m’a rappelé quelques souvenirs 🙂 Merci du conseil, hop, je mets hell.com sur ma liste !

  4. J’ai croisé Nature Morte en librairie (attirée par la couverture) mais j’ai hésité, ton avis positif (et en sachant plus sur l’histoire) me convainc de l’acheter !

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