3 polars français au banc d’essai #2

Hello !

Après vous avoir présenté une première sélection d’auteurs de polars français composée exclusivement d’auteurs masculins, je voulais vous proposer une deuxième sélections d’auteurs de romans policiers français, mais féminins cette fois. En fait, l’explication à cette sélection en deux temps est assez simple : il y avait trop de livres d’auteurs différents que j’avais envie de découvrir !

3 polars au banc d'essai francais_2

1liste

JUSTE UNE OMBRE, KARINE GIEBEL

juste une ombre karine giebel u lost controlTu te croyais forte. Invincible. Installée sur ton piédestal, tu imaginais pouvoir régenter le monde. Tu manipules ? Tu deviendras une proie. Tu domines ? Tu deviendras une esclave. Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu as su t’imposer dans ce monde, y trouver ta place. Et puis un jour… Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi. À partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche. Juste une ombre. Sans visage, sans nom, sans mobile déclaré. On te suit dans la rue, on ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres. On t’observe jusque dans les moments les plus intimes. Les flics te conseillent d’aller consulter un psychiatre. Tes amis s’écartent de toi. Personne ne te comprend, personne ne peut t’aider. Tu es seule. Et l’ombre est toujours là. Dans ta vie, dans ton dos. Ou seulement dans ta tête ? Le temps que tu comprennes, il sera peut-être trop tard…

La vie de Cloé bascule le jour où un homme la suit jusqu’à sa voiture alors qu’elle rentre, seule, d’une soirée. Parce qu’elle n’est pas agressée et qu’elle ne peut pas identifier cet homme, elle n’engage pas de démarche et commence à vivre avec la peur. Petit à petit, l’impression d’être harcelée par cet homme s’empare d’elle : les objets changent de place chez elle, l’électricité est coupée… Malgré le fait qu’elle sente constamment sa présence, le problème est qu’elle ne voit jamais son agresseur : elle voit juste une ombre. Quand elle explique son problème à son petit ami, sa meilleure amie et à la police, elle fait à chaque fois face à un mur. Personne ne la croit, tout le monde pense qu’elle se drogue ou qu’elle devient folle.

Voilà un excellent roman que j’ai dévoré en deux jours, angoissée à l’idée de dormir sans savoir la fin et pressée de découvrir comment allait terminer Cloé… Karine Giebel a su doser son histoire avec beaucoup de justesse, maniant à la perfection la peur, le suspens, la paranoia et la folie pour en faire un formidable thriller psychologique. Impossible de ne pas penser aux Apparences de Gillian Flynn tant le processus de manipulation est impressionnant ! Et en plus de nous proposer une intrigue aboutie et passionnante, Karine Giebel nous propose aussi des personnages fascinants, attachants et particulièrement intéressants. Je pourrais écrire des pages et des pages sur le personnage de Cloé, femme d’affaires prétentieuse, pédante et détestable à souhait qui nous est toutefois présentée comme une victime. L’inspecteur Alexandre Gomez a quant à lui une personnalité on ne peut plus attachante et surprenante. Ces deux personnages, particulièrement forts, font selon moi tout le charme de ce roman et donnent un vrai plus à une intrigue déjà impeccablement ficelée ! A ne pas manquer si vous êtes fan de thrillers psychologiques.

« Aucun bruit, sauf celui du vent dans les branches et celui du moteur d’une grosse cylindrée qui rugit dans une rue voisine. Elle ose deux pas à l’intérieur du garage vide puisque sa voiture est restée dans le parking souterrain de l’Agence.
Elle respire fort, l’air froid brûle ses poumons. La voix dans son crâne se fait plus persuasive.
Fais demi-tour pendant qu’il est encore temps !
Prête à s’enfuir, elle pivote. Et tombé alors nez à nez avec son cauchemar.
Immense, l’homme est habillé tout en noir, capuche sur la tête.
Cloé pousse un hurlement affreux, part en arrière. Sa cheville se tord, elle perd l’équilibre. Sa tête percute quelque chose de dur, le choc est violent.
Respiration coupée net, chaleur intense qui embrase son corps, explose dans son cerveau.
Elle ouvre à moitié les paupières, discerne l’Ombre qui se penche sur elle. » p.57

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BLACK BLOCS, ELSA MARPEAU

black blocs_elsa marpeau«Elle lance le projectile de toutes ses forces. Le verre se brise.
Devant le trou, Swann sent se libérer en elle une joie irréfléchie, immédiate.
La fuite devient possible. On peut fissurer le monde et se sauver par une des brèches que l’on a ouvertes.
Elle fait un avec les corps noirs autour d’elle.»
Swann retrouve son compagnon, un prof de fac bien sous tous rapports, avec une balle dans le dos. L’enquête sur son assassinat lui ouvre les portes d’un nouveau monde, inconnu et hostile, celui que les flics nomment «l’ultragauche». Pour comprendre, pour venger la mort de Samuel, Swann s’immerge. Et découvre les «Black Blocs», ces casseurs qui, en fin de manif, le visage caché sous un foulard noir, balancent des pierres dans les vitrines du capitalisme. Mais très vite, Swann met la main dans un engrenage qui menace de la broyer. Alors qu’une vaste opération clandestine semble se préparer chez les anarchistes et que la police la surveille de près, la santé mentale de la jeune femme vacille. Pour le meilleur et pour le pire…

C’est avec l’objectivité, l’œil critique et détaché qu’exige son métier de biologiste en laboratoire que Swann découvre un jour le corps de Samuel, son compagnon, étendu mort dans leur appartement du onzième arrondissement, à Paris. Elle met alors le pied dans un univers qu’elle ne connaît pas : celui du terrorisme de l’ “ultragauche”, des casseurs de fin de manifestation qui bandent leur visage d’un foulard noir et qui rêvent d’anéantir le capitalisme et notre système politique et économique actuel. Afin d’essayer de comprendre cet aspect de son compagnon qu’elle ignorait, Swann va jouer double jeu et s’infiltrer auprès des enquêteurs de police et du groupe des “black blocs”, prétendant aux premiers les aider en récoltant des informations, et aux seconds vouloir continuer et achever l’oeuvre de Samuel. A force de vouloir comprendre son compagnon défunt, Swann est alors prise à son propre jeu, l’engrenage se referme sur elle : non seulement elle ne sait plus qui était Samuel, mais en plus elle ne sait plus elle-même qui elle est -de quel côté elle est.

Je ne suis pas passionnée de politique et je n’étais pas trop emballée par le sujet de prime abord, mais je dois avouer que j’ai finalement trouvé l’univers de ce roman assez original. Il s’éloignait en tout cas énormément de ce que j’ai l’habitude de lire ! Une chose est sûre en tout cas : c’est très “français”. En effet, le récit s’imprègne à 100% du contexte et des événements politiques français, citant même des paroles de l’ancienne ministre de l’intérieur Michèle Alliot Marie. Le personnage de Swann a en revanche eu le don de m’énerver au plus haut point : j’imagine qu’on réagirait tous différemment en découvrant notre petit ami mort et que Swann était surement en état de choc, mais son incapacité à exprimer la moindre émotion et son apathie extrême me l’ont rendue franchement antipathique. L’intrigue du roman est quant à elle plutôt bien aimé, même si je ne suis pas passionnée à la base par le contexte politique qui entoure l’histoire, je l’ai trouvé bien amené. L’intrigue est crédible et n’est pas dénuée d’une petite tension, et c’est ce que j’attends d’un polar ! C’est donc un roman policier sympathique et efficace que je vous recommande.

Elle observe la position du corps. La main droite de Samuel est posée au-dessus de sa tête, presque à plat. Ses longs doigts. Swann chasse les pensées érotiques qui l’assaillent chaque fois qu’elle contemple une main d’homme. Contrairement à elle, Samuel ne s’est jamais rongé les ongles. Elle admire les lunule blanches. Même quand on l’aura enterré, elles continueront à pousser, de même que ses cheveux. Elle se demande si elles vont se salir malgré le bois du cercueil.

Elle se dit que son monde s’est probablement effondré, mais elle ne ressent rien.

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L’HOMME À L’ENVERS, FRED VARGAS

fred vargas l homme a l enversRéintroduire des loups vivre en liberté dans le Mercantour, c’était une belle idée, dans l’air du temps. Ce n’était pas celle des bergers et, quelques mois plus tard, la révolte gronde.

Mais est-ce bien un loup qui tue les brebis autour de Saint-Victor ?

Les superstitions ressurgissent, un bruit se propage : ce n’est pas une bête, un loup-garou… Lorsqu’une éleveuse est retrouvée égorgée dans sa bergerie, la rumeur tourne à la psychose. À Paris, devant sa télé, le commissaire Adamsberg guette les nouvelles de la Bête du Mercantour : “Comme des tisons, mon gars, comme des tisons ça fait, les yeux du loup, la nuit.”

Alors que les loups sont de retour dans le Mercantour et s’attaquent aux brebis des bergeries alentours, puis aux habitants de ces villages, le commissaire Adamsberg est lui aussi traqué dans les rues de Paris par une jeune femme qui veut le tuer d’une balle dans le ventre. La probabilité pour qu’il s’intéresse à cette bête affaire de loup dans le Mercantour était donc plutôt mince… mais c’était sans compter sur Camille qui, justement présente dans le Mercantour et bouleversée par les événements, demande son aide à Jean-Baptiste alors qu’elle s’est embarquée dans un “road-movie” dans les Alpes françaises, à la poursuite du “loup” qu’elle croit être le tueur. Incapable de refuser et bizarrement attiré par le mystère autour de ce loup introuvable, Jean-Baptiste Adamsberg saisit l’opportunité de quitter Paris et part lui aussi à la recherche de ce monstre gigantesque et meurtrier. Mais sait-il vraiment ce qu’il cherche ? Dans ce village montagneux, les légendes à propos des loups-garous ne sont pas encore oubliées…

L’Homme à l’envers n’était pas mon premier Vargas, aussi ce n’était pas une surprise de retrouver la plume de la romancière et son talent pour les histoires bien menées, pleines de mystère et captivantes sans être d’une tension insoutenable : on ne la présente plus. J’ai adoré retrouver le commissaire Adamsberg, son caractère particulier et la relation incompréhensible qu’il entretient avec Camille. Encore une fois, l’histoire est bien menée et on n’est plus surpris de se laisser prendre au jeu de cette histoire intrigante tout en restant finalement très tranquille. Les personnages de Vargas sont attachants : le trio Camille/Soliman/Le Veilleur fonctionne par exemple très bien et est plutôt drôle. Le décor est sympathique (bien “français” encore une fois) et l’intrigue on ne peut plus efficace. Je n’ai pas grand chose à dire à propos de ce roman, hormis que Fred Vargas est sûrement l’auteur française de polar absolument incontournable et que vous feriez bien de découvrir si ce n’est pas déjà fait !

La caméra fouillait les blessures avec complaisance et le journaliste aiguisait ses questions, chauffait les brandons de la colère rurale. Mêlées aux prises de vue, des gueules de loups surgissaient sur l’écran, babines relevées, droit sortis d’anciens documentaires, plus balkaniques qu’alpins. On aurait pu croire que tout l’arrière-pays niçois courbait soudain l’échine sous le souffle de la meute sauvage, tandis que de vieux bergers relevaient de fiers visages pour défier la bête, droit dans les yeux. Comme des tisons, mon gars, comme des tisons. (p.13)

Je retiens finalement de ces trois livres des cadres très particuliers et très “français” -surtout pour Black blocs et L’Homme à l’envers, qui sont très fortement ancrés dans la culture française que ce soit par un contexte politique ou un lieu géographique. Si la tension de l’intrigue est tout à fait supportable dans ces deux livres, elle l’est en revanche beaucoup moins dans Juste une ombreCe roman est d’ailleurs mon préféré des trois ! J’ai justement adoré le suspens qui s’en dégageait et sa dimension psychologique effrayante. Connaissez-vous ces auteurs ? Qu’en pensez-vous ? Quels sont vos polars français préférés ? Avez-vous un pays de prédilection pour les polars ?

le mois du thrillerCet article est publié dans
le cadre du challenge “le mois du thriller”
organisé par La Rousse Bouquine !

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13 commentaires sur “3 polars français au banc d’essai #2

    1. Je n’ai pas encore lu tous les Karine Giebel mais j’ai Les Morsures de l’ombre dans ma pal ! Et Fred Vargas, j’adore aussi !
      Je ne connaissais pas Elsa Marpeau avant de lire Black Clocs non plus, mais c’est plutôt une bonne découverte au final 🙂

  1. J’aime beaucoup l’idée de “rendre hommage” aux femmes écrivains dans ton article. Je connais Fred Vargas et j’adore son univers (d’ailleurs je dois avoir tous ces ouvrages dans ma bibliothèque). Je ne connaissais pas les deux autres auteurs et ta critique sur celui de Karine Giebel me donne bien envie de tenter! Merci!

    1. Merci beaucoup pour ton avis 🙂 Celui de Karine Giebel est vraiment excellent, plus difficile que les autres en revanche je trouve. J’espère que tu auras l’occasion de découvrir cette auteure.

  2. Bon, merci pour ton article, je me suis noté Juste une ombre 🙂 j’adore les thrillers psychologiques ! d’ailleurs, le pitch me fait penser à un film que j’avais déjà vu (qui d’après moi s’appelle “Les Yeux de Julia”, tu connais ? Je te recommande !)
    Je ne savais pas que tu participais au challenge de Solène, c’est top 🙂 Je suis aussi dans le groupe !
    Je profite de l’article pour te dire que j’ADORE ton blog et que je pense devenir ta plus grande fan ! Il faut absolument que tu en parles autour de toi, surtout dans ta sphère professionnelle. N’en sois pas gênée car il est superbe, c’est totalement dans la ligne de ce que j’adorerais pouvoir faire si j’achetais mon nom de domaine. Mais je n’ai pas assez de temps pour m’investir autant je pense ^^ Bises !

    1. Merci Mélusine, ton commentaire me fait trop plaisir 🙂 Oui je participe au challenge de Solène, il faut d’ailleurs que j’aille voir les articles qui ont été publiés sur la page du groupe !
      Juste une ombre est vraiment top, c’est celui que j’ai préféré et il devrait sûrement te plaire si tu aimes les thrillers psychologiques. Il est assez stressant dans le genre ! Je n’ai jamais entendu parler des Yeux de Julia mais du coup ça me donne envie haha ! Je sens que ce n’est pas le genre de film à regarder seule par contre… ^^ Bises 🙂

  3. Je n’ai jamais lu Karine Giebel, j’ai réparé cet affront en allant acheter deux de ses romans à Cultura la semaine dernière ! Je me suis laissée tenter pas Terminus Elicius et Meurtres pour rédemption. J’ai hâte de les commencer surtout que j’entends beaucoup de bien de cette auteure.
    À bientôt !

    1. J’ai entendu tellement de bien pour Meurtres pour rédemption ! J’ai trop envie de me le prendre, mais l’épaisseur me fait peur surtout que j’ai d’autres pavés dans ma pal… Du coup en attenant j’ai pris Les Morsures de l’ombre qui est bien plus court 😉 Tiens moi au courant de tes lectures, je suis curieuse de savoir si ça va te plaire ou non !

  4. Juste une ombre a été LE livre qui m’a donné envie de créer mon blog. J’ai adoré et depuis j’ai lu 4 autres livres de l’auteur.
    Par contre j’ai un peu honte, je n’ai jamais lu de Fred Vargas (pourtant vivement conseillée par ma mère aussi fan de polars!)
    J’ai tendance à me diriger plus facilement vers les polars français. J’ai l’impression d’un côté plus réaliste à ma lecture. Et généralement j’aime bien le style de nos auteurs pour ce genre :). Sinon je suis agréablement surprise par M.J. Arlidge, anglais, ça me donne envie de découvrir d’autres auteurs d’Angleterre :).

    1. Waouh ! Je n’ai jamais lu de Karine Giebel depuis, pourtant je devrais car j’avais aaaaaaaaaaaadoré Juste une ombre. C’est un livre tellement dingue ! Ca me fait penser à Gillian Flynn dont je n’ai rien lu non plus depuis Les Apparences. C’est dommage parce que j’avais adoré ce titre aussi !
      J’aime aussi beaucoup les auteurs de polar français, je trouve ces romans souvent assez bien rythmés, ils ne sont pas frénétiques mais on ne s’ennuie pas non plus.
      Je n’ai jamais entendu parler d’Arlidge, mais merci du conseil, je note !

    2. Ah mais je viens de voir que c’est lui qui a écrit Am Stram Gram ! Je ne l’ai pas lu mais pour le coup j’en ai entendu parler 😉 Merci encore pour ton conseil du coup, parce que je ne savais pas à quoi m’attendre avec ce livre mais là j’ai bien envie de me lancer. Il suffit parfois qu’une seule personne en parle 🙂

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