3 polars japonais au banc d’essai

Hello,

Je poursuis aujourd’hui mon tour du monde du polar par le Japon. J’ai en effet lu récemment trois polars écrits par des auteurs japonais, et le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne m’ont pas laissée indifférente !

3 polars japonais au banc d'essai

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LE DEVOUEMENT DU SUSPECT X, KEIGO HIGASHINO

le devouement du suspect x keigo higashino

 

La vie de Yasuko et de sa fille bascule le jour où l’ex-mari de la première la retrouve. Après des années de harcèlement, à bout, elle commet l’irréparable et le tue. Alors qu’elles sont sous le choc et désemparées, leur voisin Ishigami, qui a tout entendu, sonne étonnamment à leur porte pour leur proposer son aide… Sur fond de mathématiques et de logique, Keigo Higahino nous propose un roman policier très surprenant et nous donne à voir une idée inédite de la passion amoureuse.

 

 

Cela fait des années que Yasuko se cache, avec sa fille, de son ex-mari. Le jour où il les retrouve, Yasuko prend peur et se dit que toutes les années de harcèlement par lesquelles elle vient de passer ne peuvent se reproduire : la dispute entre eux se fait violente, Yasuko tue son ex-mari. Son voisin Ishigami, brillant enseignant en mathématiques qu’elle a pourtant à peine croisé avant, lui propose de l’aider à camoufler son crime. Gratuitement, alors qu’elle ne le connaît pas, son voisin lui propose de l’innocenter et de garder le secret. En parallèle, deux policiers vont s’intéresser à la disparition de l’ex-mari de Yasuko, et ainsi enquêter sur cette dernière et son voisin, tandis que Yukawa, l’ami physicien d’Ishigami, va lui aussi s’intéresser à cette histoire mystérieuse… Pourquoi Ishigami a-t-il aidé Yasuko à dissimuler son crime ? Qu’attendait-il en échange ? Keigo Higashino nous plonge dans une histoire d’une logique oppressante.

Lire Le Dévouement du suspect X a été une expérience un peu particulière pour moi : je me suis quelques fois perdue en cours de roman, ne sachant plus très bien où l’auteur voulait en venir. Mais à chaque fois que je me suis lassée, l’auteur réussissait à capter de nouveau mon attention. La tension et le suspens sont donc assez irréguliers : si le mystère autour de l’intention d’Ishigami et de la façon dont il a procédé pour cacher le corps est total, l’enquête se déroule en revanche dans une ambiance presque bon enfant et familiale. J’ai sinon beaucoup aimé le fait que l’histoire se concentre sur un nombre restreint de personnages au caractère fort : on est dans une sorte de “semi-huis clos” qui captive d’autant plus le lecteur. Enfin, au-delà de sa fin magistrale, le point fort du roman de Keigo Higashino est sûrement le fait que l’enquête policière aille de pair avec unn problème scientifique. Tout au long du roman, le mathématicien Ighigami et son collègue physicien Yukawa se renvoient la balle et donnent du piment à l’histoire. Le Dévouement du suspect X n’est pas un coup de coeur, mais c’est un roman que j’ai beaucoup apprécié, et sans aucun doute celui que j’ai préféré de cette sélection !

À ses yeux, les mathématiques étaient semblables à une chasse au trésor. Il fallait commencer par définir un angle d’attaque puis réfléchir à un chemin pour déterrer le trésor, autrement dit qui mène à la réponse. Accumuler les calculs conformément à ce plan devait permettre de découvrir de nouveaux indices. Si on ne trouvait rien, il fallait changer de route. À condition de faire cela avec obstination, patience et résolution, on pouvait parvenir au trésor, une solution exacte que personne n’avait encore trouvée.

La même métaphore permettait de penser qu’il était plus simple de vérifier la solution de quelqu’un d’autre que de trouver soi-même une nouvelle route. Mais en réalité, ce n’était pas le cas. Suivre une route erronée et arriver à un faux trésor, autrement dit démontrer que ce trésor est faux, est parfois plus difficile que de chercher le vrai trésor. (p.99-100)

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INTRUSION, NATSUO KIRINO

intrusion natsuo kirinoCe roman est une histoire d’amour, un roman policier littéraire, et une réflexion philosophique sur le rapport réalité, fiction, le tout porté par des personnages très fouillés, dont on suit les interrogations et les émotions pas à pas, dans une intrigue à la fois labyrinthique et taillée au cordeau. Tamaki est une jeune romancière d’une trentaine d’années, qui a vécu une histoire d’amour intense et prolongée avec Seiji, son éditeur. Leur séparation un an plus tôt a été très douloureuse, mettant en péril leurs familles respectives, et Tamaki se plonge dans le travail sans pouvoir vraiment effacer sa présence. Elle s’attèle à un nouveau roman, Inassouvi, qui est une enquête littéraire sur un auteur de best-sellers, et plus particulièrement sur son roman autobiographique, Innocent, où il raconte une histoire d’amour passionnée qui a failli détruire sa famille. Tamaki cherche la trace de cette maîtresse aussi célèbre que mystérieuse, prénommée Oko. Elle interroge les femmes de l’entourage de l’auteur, et son épouse. Son enquête est aussi une quête de soi, une tentative de démêler les fils de sa propre histoire, et le dénouement, magnifique et inattendu, prendra la forme d’une étrange révélation : la vie et la littérature ne font qu’un.

Tamaki est une jeune auteure hantée par la lecture du roman Innocent, de Midorikawa -roman dans lequel l’auteur raconte son histoire houleuse avec sa femme et sa maîtresse. Cette dernière n’est pas nommée, elle n’est connue que par la majuscule “O”. Obsédée par cette femme inconnue, à mi-chemin entre la réalité et la fiction, Tamaki se lance à la recherche de cette mystérieuse O, dont elle va d’ailleurs s’inspirer pour son prochain roman. En retournant ainsi sur les traces d’un auteur mort il y a plus de dix-sept ans, à la recherche d’une femme qui, peut-être, n’a même pas existé, Tamaki va elle aussi être confrontée à son passé et à sa propre histoire.

Je vais être claire dès le début : Intrusion est un roman que je n’ai pas aimé du tout et qui m’a beaucoup déçue. “Tamaki voulait savoir qui était O.” : ainsi commence la quatrième de couverture, et voilà qui résumerait d’ailleurs parfaitement l’histoire, car c’est tout. Tamaki veut savoir qui est O., point final. Bien-sûr, on peut faire des petits parallèles avec sa vie privée -elle a quitté son mari et sa famille pour son amant-, mais sinon j’ai trouvé l’intérêt de Tamaki pour O. assez impersonnel, et pas intéressant. Il ne se passe au final pas grand chose dans ce roman et, cerise sur le gâteau : il n’y a aucun mort (ou alors de mort naturelle…) et désolée, mais je trouve ça presque scandaleux pour un roman policier ! Non seulement l’intrigue m’a terriblement ennuyée, mais les personnages ne m’ont pas non plus convaincue… Bref, Intrusion a été une belle déception pour moi !

Mais au départ le roman n’était-il pas quelque chose d’injuste et de malhonnête ? En écrivant tout sans rien enjoliver ni cacher de ses propres humiliations, de ses propres désirs, Midorikawa avait donné un ton menaçant à Innocent, or personne ne savait s’il s’agissait ou non de la vérité. Le mari, la femme, la maîtresse, les enfants, chacun avait sa vérité. Et l’agrégation de toutes ces vérités différentes correspondait au passage du temps sur la réalité des faits. Non seulement Midorikawa n’avait jamais déclaré qu’il avait écrit la vérité, mais jusqu’à sa mort il n’avait cessé de répéter qu’il s’agissait d’une fiction. Cependant, du terrible conflit qui opposait les personnages naissait quelque chose proche de prétendues réalités qui prenaient des directions différentes. C’est en cela que résidait la malhonnêteté du roman. (p.108)

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UN ENDROIT DISCRET, SEICHÔ MATSUMOTO

seicho matsumoto un endroit discretTsuneo Asai est en mission à Kôbe pour le compte du ministère de l’Agriculture lorsqu’il reçoit un coup de téléphone : son épouse est morte quelques heures plus tôt. Elle a succombé à une crise cardiaque tandis qu’elle se trouvait dans un magasin. Sous le choc, il décide de rentrer à Tôkyô par le premier train. Eiko avait le coeur fragile, il le savait, et la nouvelle de son décès ne l’a surpris qu’à demi. Les circonstances de sa mort, en revanche, ne laissent pas de l’étonner. Comment cette épouse docile, au caractère réservé, avec laquelle il menait une vie calme et sobre, qui ne s’absentait de la maison que deux ou trois après-midi par semaine pour aller à ses réunions de haïku, a-t-elle pu mourir dans une curieuse petite boutique de cosmétiques, dans un quartier où elle n’aurait jamais dû mettre les pieds ? Quelques jours plus tard, il décide d’aller s’excuser auprès de la commerçante de la gêne occasionnée. Il découvre alors, non loin de là, la villa Tachibana, une maison de rendez-vous. Son trouble grandit. Peu à peu, d’infimes détails, de curieux haïkus publiés à la mémoire de son épouse dans la revue de son cercle littéraire, les confidences du personnel des “villas” sur les couples illégitimes qui les fréquentent, le convainquent que sa femme menait une double vie…Dans ce roman écrit au début des années 1970, Seichô Matsumoto traque de l’intérieur un fonctionnaire appliqué brusquement débordé par un événement inattendu. Ce faisant, il nous donne à voir une société japonaise profondément ambivalente, à la fois pétrie de conventions et complice de ceux qui les ignorent.

Tsuneo Asai travaille au ministère de l’agriculture japonais, il est en voyage d’affaires lorsqu’il apprend la mort de sa femme. De retour à Tokyo, il découvre petit à petit où sa femme a passé ses derniers instants. Elle, si prévisible, et qui n’avait l’habitude de sortir que pour ses réunions de haïkus, pourquoi était-elle dans une petite boutique de cosmétique quand elle est morte ? Petit à petit, le fonctionnaire japonais va dénouer le fil de cette histoire et remonter vers son commencement.

Sur le papier, cette histoire est assez intrigante et nous laisse penser qu’elle comporte sa dose de suspens… en effet, elle met légèrement le lecteur sous tension, mais rien de bien exceptionnel. Si l’intrigue principale est pleine de promesses, elle est vite contrebalancée par l’univers morose et routinier de l’administration du ministère de l’agriculture : non, ce n’est pas glamour du tout. Le personnage de Tsuneo Asai est en revanche un personnage passionnant, et très bien construit à mes yeux : attaché à l’ordre et en apparence très calme et mesuré, il devient en privé obsédé par les circonstances de la mort de sa femme. Comme s’il voulait tout savoir, il va s’attacher à chaque détail pour découvrir la vérité. C’est un personnage que j’ai beaucoup aimé suivre, et que j’ai trouvé très pertinent dans un roman policier ! L’intrigue comporte quant à elle quelques petites surprises, mais cela n’a pas suffit à pimenter ma lecture -je dois quand même souligner qu’il y a un petit moment d’intensité assez appréciable et que, encore une fois, j’ai trouvé la fin très bien menée (bien qu’elle soit très différente de la fin du Dévouement du suspect X). Une lecture en demi-teinte, qui ne m’a pas convaincue mais où j’ai découvert des éléments intéressants !

Ce n’est pas uniquement à cause de ce que Yanagishita lui avait raconté sur les villas particulières des environs de Kôbe qu’il avait soudain pensé à cela… Après la mort de sa femme, Tsuneo Asai avait senti quelque chose d’étrange s’installer dans sa tête. Depuis qu’avec Miyako le dimanche précédent il avait découvert la villa Tachibana en haut de la côte de Yoyogi, un fragment de cette chose étrange s’était détaché de la paroi de son cerveau. Ce fragment, qui flottait librement dans le corps vitré au fond de son œil, formait une ombre en recevant les rayons de la lumière extérieure. Au moment où il avait entendu l’histoire de Yanagishita, le reflet de cette ombre s’était mis à bouger comme un insecte noir devant ses yeux. Alors il était possible qu’en prenant de la densité cette ombre fût devenue visible à ses yeux. (p.52)

Pour conclure, ça me paraît évident que les polars japonais ne son pas pour moi. Ma déception liée à Intrusion est très marquante (j’ai vraiment eu du mal à le terminer) et les deux autres romans ne font selon moi pas le poids. Si j’ai apprécié Le Dévouement du Suspect X dans sa globalité, c’est surtout le personnage principal que je retiendrai d’Un endroit discret. En général, j’ai trouvé que ces polars manquaient de piment et concentraient toute leur tension dans un moment précis -toujours trop courte- et que le reste du récit était trop monotone. Sans humour ni passage sanglant, ces trois romans me laissent finalement une désagréable impression d’ennui. Je suis contente de mieux connaître les polar japonais et de pouvoir en parler un minimum, mais c’est malheureusement certain que je ne continuerai pas à découvrir le genre !

Vous lisez des polars japonais ? Quels sont vos préférés ? Pensez-vous que les trois polars de cette sélection pourraient vous plaire ? Quel est leur point fort selon vous ?

8 commentaires sur “3 polars japonais au banc d’essai

    1. J’aime assez les romans aussi, même si je t’avoue que c’est un peu “quitte ou double” souvent ! Mais alors les polars, je t’avoue que je ne suis pas prête de retenter… Le premier est top quand même 😉

    1. Merci Camilla, je suis contente qu’il t’ait plu 🙂 Je t’avoue que je te conseillerais surtout le premier, mais n’hésite pas à découvrir les deux autres si tu es curieuse !

  1. Victoria de Mango&Salt avait mis le premier que tu cites dans son club de lecture et les avis étaient très positifs – mais ici tu détailles bien ton avis et tu expliques ce qui t’a empêché d’en faire un coup de coeur. Je l’avais vu sur son blog (je lis trop et tout le temps, les clubs de lecture ne me conviennent pas) et j’avais hésité à l’acheter. J’ai lu deux romans japonais (pas des polars) et comme toi, pas le déclic .. trop abstrait .. je crois que je suis comme toi ! Je ne vais pas insister (il y a tant de polars excellents à lire!)

    1. Oui, j’ai oublié de le préciser mais en effet c’est grâce au club de lecture que j’avais lu ce roman ! Ceci dit je n’avais pas pensé à aller voir le reste de la sélection. Comme tu dis, il y a trop de bons polars pour s’entêter à lire ceux qu’on aime moins. C’est dommage mais ça ne peut pas toujours marcher…

  2. Hello ! J’adore la littérature japonaise et je suis contente de voir des articles sur le sujet sur des blogs littéraires !

    Higashino est très bon, j’avais adoré “la maison où je suis mort autrefois” même si il n’y a pas bcp d’action.
    J’ai un livre de Kirino dans ma PAL c’est “OUT”.
    Et j’ai lu “les assassins de la 5e B” de Minato que j’ai adoré ! Mais mon préféré reste “le chat dans le cercueil” de Mariko Koike.

    Les polars japonais n’ont rien avoir avec les autres. 🙂
    bonne journée

    1. Merci pour toutes ces idée 🙂 Je ne suis pas sûre de retenter les polars japonais tout de suite étant donné que je n’ai pas trop accroché avec les trois premiers, en revanche je suis assez curieuse de découvrir des contemporains japonais qui ne soient pas des polars ! Je suis super contente que cet article t’ait plu en tout cas, bises et à bientôt.

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