Adolphe [Benjamin Constant]

Hello,

C’est un peu par hasard que j’ai découvert Adolphe. Je ne me souviens plus exactement si je l’avais vu en librairie ou si quelqu’un m’en avait parlé avant. Bref, il s’agit en tout cas d’un classique d’une petite centaine de pages dont je n’avais jamais entendu parler dans un contexte scolaire et qui s’est quand même retrouvé entre mes mains !

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Adolphe est un jeune homme éduqué avec sagesse et autonomie. Alors qu’on a l’impression de le voir s’ennuyer dans la société qu’il fréquente, il rencontre Ellénore, une femme un peu plus âgée que lui, déjà mère de deux enfants et mariée à un Comte. Il tombe immédiatement sous le charme de cette femme de naissance modeste mais qui a finalement réussi à se faire respecter en se mariant à un bon parti. En dépit de son statut de femme mariée, et au risque de la voir perdre ce noble statut qu’elle a pourtant mis longtemps à acquérir, Adolphe décide de faire la cour à Ellénore – la confusion est pourtant telle que l’on peine à savoir s’il veut la séduire par véritable amour, par défi, par vanité ou par ennui.

L’histoire est très courte. Dépouillée de tout artifice, elle se concentre uniquement sur les événements qui sont au cœur de l’intrigue entre Ellénore et Adolphe et ne s’éparpille pas en détails descriptifs ou inutiles. La concision de l’intrigue en fait donc un roman très court (presque une nouvelle) d’à peine 100 pages. C’est également étonnant de remarquer à quel point les personnages sont dépouillés de tout artifice : sans description physique, ils se résument à leur personnalité, à leurs émotions, à leurs états d’âmes et laissent ainsi l’occasion à l’auteur de développer avec précision la psychologie des personnages et de son héros, Adolphe.

“Malheur à l’homme qui, dans les premiers moments d’une liaison d’amour, ne croit pas que cette liaison doit être éternelle ! Malheur à qui, dans les bras de la maîtresse qu’il vient d’obtenir, ,conserve une funeste prescience, et prévoit qu’il pourra s’en détacher ! Une femme que son cœur entraîne a, dans cet instant, quelque chose de touchant et de sacré. Ce n’est pas le plaisir, ce n’est pas la nature, ce ne sont pas les sens qui sont corrupteurs ; ce sont les calculs auxquels la société nous accoutume, et les réflexions que l’expérience fait naître.” Chapitre III, p.64

L’écriture de Benjamin Constant plaira aux amateurs de romans classiques. Publié en 1816, Adolphe est fidèle au ton du XIXe siècle et ne surprendra pas le lecteur par un style original. En revanche, son efficacité et sa capacité à aller droit au but plaira sans aucun doute aux lecteurs de nouvelles et aux lecteurs qui souhaitent lire un classique sans se perdre dans de longues descriptions.

Les actions s’enchaînent rapidement, Adolphe parvient à ses fins et séduit Ellénore – comment ses sentiments vont-ils alors évoluer ? Honorera-t-il ses promesses en s’engageant auprès d’elle ? Réussira-t-il à quitter celle qui a tout sacrifié pour lui ? J’ai beaucoup aimé le roman de Benjamin Constant pour les questions qu’il pose, et la justesse avec laquelle il présente le sentiment amoureux. A la frontière avec la conquête, le processus de séduction peut parfois nous entraîner dans des situations qu’on ne peut plus maîtriser, qu’on n’est pas prêt à assumer. De même, l’histoire d’Adolphe nous rappelle que la rupture amoureuse n’est pas difficile que pour celui qui est quitté : celui qui rompt la relation est lui aussi concerné.

Prendre des décisions, honorer ses engagements, écouter les opinions et conseils de chacun pour construire sa propre histoire, faire fi de l’opinion de la société… Finalement, c’est de comment devenir adulte que nous parle l’Adolphe de Benjamin Constant. Ce sont donc cent petites pages que je vous conseille vivement et qui j’espère vous convaincront du dynamisme et de l’intemporalité des classiques. Adolphe est un petit livre qui a beaucoup à nous apprendre.

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“Adolphe, me dit-elle, vous vous trompez sur vous-même; vous êtes généreux, vous vous dévouez à moi parce que je suis persécutée; vous croyez avoir de l’amour, et vous n’avez que de la pitié.” Pourquoi prononça-t-elle ces mots funestes? Pourquoi me révéla-t-elle un secret que je voulais ignorer? Je m’efforçai de la rassurer, j’y parvins peut-être; mais la vérité avait traversé mon âme; le mouvement était détruit; … et déjà il y avait en moi une pensée que de nouveau j’étais réduit à cacher.

Aviez-vous déjà entendu parler d’Adolphe ? Si vous l’avez lu, qu’en avez-vous pensé ? Y a-t-il des classiques dont vous n’aviez jamais entendu parler et que vous avez découvert hors du contexte scolaire ?

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11 commentaires sur “Adolphe [Benjamin Constant]

  1. Je crois que c’est le roman dont ils parlent dans le film Le prénom (à vérifier quand même). Tu me donnes envie de découvrir ce classique ! Le sujet, le fait qu’il se lise facilement et rapidement… Merci pour cette découverte !

    1. Je suis ravie qu’il te plaise ! C’est un super classique à tous points de vue, exactement ce que j’aime. N’hésite pas à repasser me donner ton avis si tu décides de le lire ! Bises

  2. J’ai étudié un passage de ce roman au semestre dernier, et ça m’avait donné envie de le lire. Mais là, ton avis me donne encore plus envie de m’y plonger dedans 😛 J’espère juste avoir le temps de le lire (avec ma PAL qui ne cesse d’augmenter!) 🙂

    1. Chouette, tu te souviens de quel extrait tu avais étudié exactement ? Je te conseille de t’y mettre si le passage t’avait plu, le roman est très constant et il ne fait qu’une centaine de pages donc je pense que tu as de grandes chances d’être séduire 😉

    1. Ouf, je suis contente qu’il te plaise ! Je trouve ça toujours hyper délicat d’avoir le retour de d’autres personnes qui ont lu le livre. Je suis contente que la citation te plaise aussi haha, j’ai eu du mal à me détacher de celle de la quatrième de couverture 😉

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