Allah n’est pas obligé [Ahmadou Kourouma]

Hello,

Je poursuis tranquillement l’objectif que je me suis donné de découvrir plus d’auteurs du continent Africain : Allah n’est pas obligé est un roman écrit en 2000 par Ahmadou Kourouma, originaire de Côte d’Ivoire.

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Birahima est un enfant de 12 ou 14 ans -il ne sait pas exactement. Né à Togobala (en Guinée) d’une mère cul-de-jatte et d’un père décédé, il devient très rapidement orphelin et part sur les routes du Liberia pour retrouver sa tante Mahan, une de ses seules parentes. Accompagné de Yacouba -grigriman de son état-, il va devenir un enfant-soldat pour différentes “armées”, au fur et à mesure de ses rencontres. Les 225 pages d’Allah n’est pas obligé racontent ainsi l’histoire de Birahima, de ses aventures sur la route et des personnes qu’il y a rencontrées, de ceux qu’il a perdus et ce qu’il est devenu. Narrateur et héros de son histoire, Birahima nous raconte son histoire avec ses mots (aidé du Larousse et de l’Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire).

Drogué, orphelin, soldat à 12 ans… si l’enfance de Birahima est le sujet principal de ce livre, elle se nourrit aussi énormément de l’histoire de cette région de l’Afrique. Le Libéria, le Nigéria, la Guinée, la Côte d’Ivoire sont plus que mentionnés dans ce livre : leur Histoire politique y est racontée, notamment leurs dictatures et leurs guerres tribales. Allah n’est pas obligé m’a assez surprise dans le sens où il est très riche en détails historiques, que l’on ne s’attend pas à retrouver dans la bouche d’un enfant. J’ai beaucoup apprécié ce décalage et la distanciation qui est ainsi faite entre l’auteur et le narrateur -et j’ai également pu me rendre compte de mon ignorance assez inquiétante concernant l’Histoire de l’Afrique de l’Ouest.

D’après mon Larousse, l’oraison funèbre c’est le discours en l’honneur d’un personnage célèbre décédé. L’enfant-soldat est le personnage le plus célèbre de cette fin du vingtième siècle. Quand un soldat-enfant meurt, on doit donc dire son oraison funèbre, c’est-à-dire comment il a pu dans ce grand et foutu monde devenir un enfant-soldat. Je le fais quand je le veux, je ne suis pas obligé. Je le fais pour Sarah parce que cela me plaît, j’en ai le temps et c’est marrant. (p.90)

Allah n’est pas obligé est un livre très difficile à lire, mais pas forcément comme je m’y attendais. Même si certains passages sont violents, Ahmadou Kourouma prend ici le parti de prendre son temps pour construire une histoire crédible et marquante sur le long-terme. Malgré l’atrocité de ce qui est décrit, à aucun moment je n’ai eu le besoin de faire une pause dans ma lecture pour prendre l’air. Au contraire, certains passages sont presque drôles : l’escroc Yacouba est assez ridicule, les expressions de Birahima parfois très déstabilisantes. Mais malgré cette teinte légèrement humoristique que l’on retrouve parfois, ça n’en est pas moins impossible d’oublier ce qui se trame en réalité entre les lignes et ce qui nous est raconté. Si on est, au début, tentés de faire la comparaison avec Michel de Demain j’aurai vingt ans, on oublie vite cette idée.

J’ai donc plutôt bien apprécié Allah n’est pas obligé. C’est un livre que j’ai trouvé très enrichissant et instructif. Ahmadou Kourouma y raconte une partie funeste de l’Histoire du Liberia et nous ouvre ainsi à de nouveaux horizons et nous propose une vraie porte d’entrée vers la littérature africaine et son histoire. Il m’a ainsi non seulement donné envie de continuer à découvrir l’Afrique par la littérature mais aussi de me renseigner de manière plus précise sur son Histoire. C’est un livre que je ne peux que vous conseiller tant il est intéressant et bouleversant.

Connaissez-vous Ahmadou Kourouma ? Avez vous lu Allah n’est pas obligé ou un autre de ses romans ?

ahmadou kourouma allah n'est pas obligéBirahima, le narrateur de ce roman, a une douzaine d’années et il retrace son itinéraire d’enfant-soldat de l’Afrique contemporaine, entre le Liberia et la Sierra Leone. Orphelin, jeté sur les routes en compagnie d’un marabout mi-philosophe mi-escroc, Birahima se fait enrôler dans une bande de pillards. Kalachnikov en bandoulière, pour gagner sa solde, il va bientôt participer aux pires exactions : “De camp retranché en vile investie, /…/ j’ai tué pas mal de gens. /…/ beaucoup de mes copains enfant-soldats sont morts. Mais Allah n’est pas obligé d’être juste avec toutes les choses qu’il a créées ici-bas.”

Après En attendant le vote des bêtes sauvages (Prix du Livre Inter 1999), Ahmadou Kourouma nous livre un récit picaresque et terrifiant sur une époque de massacres dont les enfants sont les tristes héros.

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