Americanah [Chimamanda Ngozi Adichie]

Hello,

C’est (encore une fois) par Hajar que j’ai entendu parler pour la première fois d’Americanah. Elle m’avait tout de suite donné envie de le lire, mais j’ai préféré attendre la sortie poche pour le découvrir. Ce roman de Chimamanda Ngozi Adichie, qui est nigériane, s’accorde d’ailleurs parfaitement avec une de mes résolutions de 2016 : lire plus d’auteurs de nationalités différentes, et notamment originaires d’Afrique.

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Ifemelu n’est qu’une jeune adolescente quand elle quitte le Nigéria pour les Etats-Unis. Elle laisse alors derrière elle sa famille, ses amis et son amour d’enfance Obinze pour aller, elle l’espère, vers une vie meilleure, faite d’opportunités et de découvertes enrichissantes. Sauf qu’à son arrivée en Amérique, elle est immédiatement confrontée au racisme et aux discriminations. Trouver un emploi, un logement, se faire entendre en classe et s’intégrer dans un nouveau groupe d’amis… le processus d’immigration s’avère en réalité être un véritable parcours du combattant qui l’oblige à perpétuellement se remettre en question et douter d’elle-même, allant même jusqu’à sévèrement entacher son amour-propre et sa dignité en lui imposant de sacrifier certaines de ses valeurs.

La femme referma le journal et le regarda. Elle avait des cheveux bruns raides et un regard dur, soupçonneux. Il chercha à deviner ce qu’elle pensait. Se demandait-elle s’il était un de ces immigrants illégaux qui encombraient une île déjà encombrée ? Plus tard, dans le train qui le ramenait vers l’Essex, il remarqua que tous les passagers qui l’entouraient étaient nigérians, que le wagon retentissait de conversations en yoruba et en pidgin, et, l’espace d’un instant, il vit cette scène, cette foule débridée d’étrangers de couleur, à travers le regard de la femme blanche du métro. Il pensa à nouveau à la femme du Sri Lanka ou du Bangladesh et l’ombre du chagrin dont elle émergeait à peine, et il pensa à sa mère et à Ifemelu, et à la vie qu’il avait imaginée pour lui-même, et à la vie qu’il menait, marquée par le travail et la lecture, par la panique et l’espoir. Il ne s’était jamais senti aussi seul.

On fait la connaissance d’Ifemelu le jour où elle décide de rentrer définitivement au Nigéria. Les deux premiers tiers du livre sont ainsi faits de retours en arrière où l’on apprend à connaître Ifemelu de son enfance jusqu’au jour de son départ des Etats-Unis. On remonte le long fleuve de ses souvenirs pour la connaître dans les moindres détails. On sait par quelles étapes elle est passée, et pour quelles raisons elle a fait certains choix et pris certains chemins. C’est une héroïne passionnante : perspicace et spontanée, émotive et pourtant “absente au monde”, comme aliénée parfois. Sur son blog, elle raconte le quotidien d’une Noire Africaine aux Etats-Unis, les situations auxquelles elle doit faire face et ce qui la frappe concernant l’intégration et les comportements des Noirs aux Etats-Unis.

En plus de suivre son histoire en Amérique, on suit également le parcours d’Obinze, son amour d’enfance, au Royaume-Uni. Lui aussi expérimente, à sa manière, l’intégration dans un nouveau pays, fait face à ses propres obstacles et ses propres doutes. On suit ces deux personnages en parallèle, n’ayant cesse de se demander si oui ou non, ils réussiront finalement à se retrouver au Nigéria. Jusqu’à la dernière ligne, Chimamanda Ngozi Adichie nous tient en haleine concernant l’issue de cette histoire d’amour !

Les choses avaient-elles toujours été ainsi ou bien avaient-elles tellement changé pendant son absence ? Quand elle était partie, seuls les riches avaient des téléphones portables, dont tous les numéros commençaient par 090, et les filles voulaient sortir avec des garçons 090. Aujourd’hui, sa coiffeuse avait un portable, le vendeur de plantains derrière son gril noirci avait un portable. Petite, elle connaissait tous les arrêts d’autobus et les rues de traverse, comprenait les codes tacites des contrôleurs et la gestuelle des vendeurs de rue. À présent elle avait du mal à saisir l’inexprimé. Depuis quand les commerçants étaient-ils aussi désagréables ? Les immeubles de Lagos avaient-ils toujours eu cet aspect délabré ? Et quand était-elle devenue une ville dont les habitants étaient prompts à quémander et trop avides de tout obtenir gratuitement.

Americanah est un roman que j’ai adoré ! Moderne et engageant, c’est un roman très “frais” dans le sens où il nous invite à revoir un peu notre vision des choses et à se mettre concrètement à la place de quelqu’un d’autre. On connaît quasiment tout d’Ifemelu, c’est donc très facile de s’attacher à elle, de s’identifier à elle ou au moins de la visualiser de manière presque plus vraie que nature. En plus d’être un personnage rendu vivant, Ifemelu est aussi dans chacun d’entre nous. Si ce personnage fort porte le roman sur ses épaules, elle est également largement soutenue par l’excellente écriture de Chimamanda Ngozi Adichie. L’auteure nous raconte en effet cette histoire avec beaucoup de tact et d’intelligence, elle sait s’effacer pour laisser la place à son personnage sans perdre le contrôle, et nous offre finalement un récit subtil, passionnant et inoubliable.

C’est donc un roman formidable que vous aimerez forcément si vous êtes fan de littérature étrangère et curieux de découvrir l’histoire d’une héroïne qui sort des sentiers battus.

Avant de vous quitter, j’en profite pour vous dire un petit mot sur le club de lecture de Cassandra, “Faites le tour du monde”, qui nous propose de lire des auteurs originaires du monde entier ! C’est une chouette initiative, alors n’hésitez pas à nous rejoindre ! D’ailleurs, le livre choisi pour le mois de juin n’est autre que… Americanah !

americanah_chimamanda ngozi adichie“En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire.”

Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre.

Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?

Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.

21 commentaires sur “Americanah [Chimamanda Ngozi Adichie]

  1. Un roman qui me tente depuis un certain temps 🙂 Je l’avais notamment découvert lors de l’émission La Grande Librairie !
    Ton avis me donne encore plus envie de le découvrir, j’espère avoir l’occasion de le lire dans les mois qui viennent ! 🙂

    1. En effet je pense que c’est un roman que je relirai, mais dans quelques années par contre, pas tout de suite ! Je suis contente de l’avoir finalement lu et de ne pas être passée à côté 🙂

  2. Cela me fait très plaisir de revenir par ici. J’ai toujours des problèmes avec ta newsletter, que je ne reçois plus. Je ne sais pas pourquoi car je ne me suis jamais désabonnée et il n’y a rien dans mes spams. C’est agaçant donc ! J’ai réinitialisé ma demande donc je verrai bien.

    Ce roman me tente pas mal. J’avais entendu ta résolution de lire plus d’auteurs et c’est vrai que je me suis posée la même question me concernant. Cela me tente beaucoup de diversifier davantage mes choix d’auteurs et je pense donc que je vais doucement faire comme toi. J’ai très envie de lire ce roman, que je note. Cela m’intrigue le fait qu’elle retourne au Nigéria… J’ai déjà entendu parler de l’auteur pour son discours sur le féminisme, que j’ai hâte de lire 🙂

    1. Ca me fait très plaisir de te voir ici aussi 🙂 Je crois que ça fait un moment que je n’ai pas envoyé de newsletter, c’est peut-être pour ça que tu ne reçois rien ? A moins que tu parles de l’alerte automatique quand un nouvel article est publié, et dans ce cas je ne sais pas du tout comment ça fonctionne. Je vais renvoyer une newsletter jeudi je pense, du coup ce sera l’occasion de voir si ça fonctionne 😉
      Je suis super contente de t’avoir donné envie de lire plus d’auteurs de nationalités différentes ! J’ai eu un déclic en fin d’année dernière et c’est une démarche qui prend du temps, mais que je trouve passionnante. Je me suis vraiment rendue compte que je ne lisais que des livres très franco-français, ça fait du bien de voir autre chose.
      Americanah est top en tout cas, et le fait qu’elle décide de rentrer au Nigéria est en effet très intéressant, le roman en est d’autant plus complet. Je ne connais pas tout l’auteur en tant que féministe, en revanche je suis assez curieuse de lire son autre roman “L’Hibiscus pourpre”.

  3. Ton article est tellement bien écrit et clair !
    Pour moi ça n’a pas été un coup de coeur, par contre c’est en rédigeant mon article que j’ai réfléchi un peu plus à ce que je venais de lire, tant au niveau de l’aspect social du roman qu’au niveau de l’écriture et de sa mise en forme, ce qui m’a poussée à mettre une meilleure note que de me baser seulement sur mon impression à la lecture de ce roman.

    1. Coucou 🙂 Merci pour ton commentaire, ça me fait super plaisir ! C’est vrai qu’avec du recul, je ne suis pas sûre de pouvoir en parler avec clarté, c’est un roman tellement riche ! C’est marrant que ton avis ait évolué en rédigeant ton article, ça m’arrive aussi de remarquer de nouvelles choses quand je prends le temps d’écrire mon avis sur un livre, et de prendre du recul sur l’histoire. C’est un bon exercice finalement ^^

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