Anthologie (1992 – 2005) Mahmoud Darwich

Hello,

La poésie de Mahmoud Darwich ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire avant. Que ce soit dans la forme ou dans sa façon de parler ce qui l’entoure et de son vécu, le poète Palestinien aborde la poésie avec une singularité épatante et parfois déconcertante.

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Jamais simple, jamais épurée, l’écriture de l’auteur se nourrit de formules lyriques très imagées et pas nécessairement intuitives : “Nos noms sont des arbres modelés dans la parole du dieu et oiseaux qui planent plus haut que les fusils” dit-il ainsi p.73 (extrait de Mémoire de l’homme rouge) et “L’ennemi qui prend le thé dans notre masure a une jument dans la forêt” p.137 (“Lorsqu’il s’éloigne”). Le langage de Mahmoud Darwich n’est pas toujours évident à saisir et met ainsi d’autant plus en évidence les différences qu’il peut y avoir entre plusieurs cultures -en l’occurrence la culture arabe et la culture européenne.

La forme a également une place prépondérante dans la poésie de Mahmoud Darwich ; l’auteur écrit en effet en vers autant qu’en prose et n’hésite pas à jouer avec les sauts de ligne et la ponctuation pour donner un rythme très lancinant à ses poèmes, qui nous donne l’impression d’entendre le poète chanter en pleurant. Nourrie de formes poétiques arabo-andalouses traditionnelles comme le “mouwachah”, la poésie de Mahmoud Darwich se présente sous une forme inédite -en tout cas pour ceux qui, comme moi, ne sont pas familiers avec la poésie et la littérature arabes.

Et l’exil nous institua deux langues

Dialectale, pour que les pigeons l’entendent et gardent le souvenir

Et littérale pour que j’explique aux ombres leur ombre

(p.113, extrait de Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?)

Les mêmes thèmes reviennent enfin de manière redondante dans cette anthologie poétique. L’exil, la quête de son identité, la conquête et la guerre sont ainsi les principales thématiques explorées par Mahmoud Darwich. D’incalculables références sont faites à l’expulsion des arabes de l’Andalousie, à la difficile reconstruction de ces exilés et à la nostalgie d’une terre perdue, abandonnée. Autant de thématiques qui peuvent susciter beaucoup d’émotion puisqu’elles font appel à la sensibilité du lecteur, à son pouvoir d’imagination et à sa capacité d’empathie. Dans ce contexte, l’écriture et tout particulièrement la poésie apparaissent comme des activités salvatrices pour le poète, qui retrouve dans sa langue son identité, qui se l’approprie pour se réinventer et qui trouve dans les mots une nouvelle patrie.

Si j’ai beaucoup aimé lire cette Anthologie et découvrir l’univers de Mahmoud Darwich -qui a beaucoup de choses à nous raconter et à nous apprendre-, je dois admettre que l’opacité de certaines expressions et la densité de la langues m’ont parfois parues très lourdes. La lecture n’est pas fluide et j’ai trouvé la relecture de ces poèmes nécessaire à chaque fois. Il me semble que les textes de Mahmoud Darwich sont faits pour être découvert puis redécouverts, qu’on ne peut les saisir dans leur ensemble dès la première lecture mais qu’il faut au contraire prendre le temps de les comprendre et de se les approprier. Une belle découverte !

anthologie poétique mahmoud darwichCette anthologie bilingue retrace l’itinéraire poétique de Mahmoud Darwich depuis le début des années 1990. Elle regroupe des poèmes extraits de sept recueils dont chacun a été considéré à sa sortie comme une oeuvre majeure, un important jalon dans l’histoire de la poésie arabe contemporaine : Onze astres, Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?, Le Lit de l’étrangère, Murale, Etat de siège, Ne t’excuse pas et Comme des fleurs d’amandier ou plus loin.

Mêlant l’individuel et le collectif, le lyrique et l’épique, le quotidien et l’éternel, le poète y réussit le pari de toute une vie : opposer la fragilité humaine à la violence du monde et élever la tragédie de son peuple au rang de métaphore universelle.

Connaissez-vous Mahmoud Darwich ? Comment ressentez-vous les différences culturelles dans vos lectures ?

2 commentaires sur “Anthologie (1992 – 2005) Mahmoud Darwich

    1. Je suis complètement d’accord avec toi sur le fait qu’il a une écriture puissante, c’est presque “étouffant” parfois j’ai trouvé, tant c’est riche en image et en détails.

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