Toutes les femmes de sa vie

Je suis tombée sur Aux femmes un peu par hasard, et c’est surtout la maison d’édition qui m’a interpellée, puisque ce roman d’Hamdy El-Gazzar est publié chez Belleville éditions, qui est la maison d’édition de Sainte Caboche, que j’avais lu il y a quelques mois et plutôt bien aimé. J’étais assez curieuse de découvrir un autre de leur cru, c’est donc la raison principale qui m’a poussée à lire ce roman de la rentrée.

Si Aux femmes nous est raconté selon un point de vue interne et que le narrateur, Saïd, est un homme, ce sont bien les femmes qui sont au centre de ce roman : de sa plus tendre enfance jusqu’à sa vie d’adulte, Saïd a vécu entouré de femmes et leur rend ainsi hommage dans les 200 pages de ce roman.

J’essaie de prendre sa main, elle ne la retire pas ; elle me la laisse ; un long moment ses doigts s’attardent sur ma main, je suis parcouru d’un frisson délicieux, vivifiant ; je ferme les yeux un instant, je les ouvre : ma main est vide, je suis seul. (p.110-111)

Aux femmes, c’est donc l’histoire d’un homme qui raconte les femmes qui l’ont marqué et sa relation à elles. L’amour, la sensualité et l’émotion sont naturellement au cœur du roman, mais une ombre semble toutefois planer sur tous ces portraits : celle de la mère du narrateur. On a l’impression que cette suite de relations dérive de celle, particulière et presque malsaine par moments, qu’il a eu avec celle qui l’a mis au monde.

Le style d’Hamdy El-Gazzar est quant à lui assez étonnant. Je ne l’ai pas trouvé particulièrement poétique dans sa formulation et dans son vocabulaire, mais j’ai en revanche pas mal aimé son rythme : il y a peu de conjonctions de coordination, beaucoup de virgules, les phrases s’enchaînent donc avec une certaine fluidité. Je n’ai pas vu le temps passer en le lisant !

Devant moi, Rim apparaît tout en restant cachée : elle m’est visible par l’attrait qu’exerce son corps gracile, elle reste impénétrable à cause de sa délicatesse, de sa modestie.
Je ne vois qu’elle. Je monte derrière elle, les pieds sur le basalte noir, les yeux sur elle. Elle monte devant moi, je n’y tiens plus, je fais deux grandes enjambées et me voici à ses côtés ; je la regarde, je lui souris, sans dire un mot. Elle se tourne vers moi : “Bonjour Sayed.” Je contemple son visage, souriant, empli de joie, et je sens en moi de quoi combler mon âme.  (p.110)

En définitive, c’est un livre que j’ai bien apprécié et qui a surtout satisfait et enrichi ma curiosité. C’est une des principales attentes que j’ai envers un bouquin, alors c’est déjà une bonne nouvelle. Un petit quelque chose m’a pourtant manqué, peut-être un peu de liant entre ces portraits, une fin plus marquée… Aux femmes est un roman que je vous conseille surtout si vous êtes curieux de découvrir une jeune maison d’édition indépendante qui met à l’honneur la littérature étrangère. Dans ce cas, foncez !

Est-ce que ce roman pourrait vous plaire ? Aimez-vous suivre les parutions d’une maison d’édition ?

Saïd, fils de Batta, vit près de la mosquée Ibn Touloun, dans un quartier du vieux Caire. Il grandit dans une famille de menuisiers, puis se tourne vers l’enseignement de la philosophie. Adulte, il décide de rester près de sa mère sur les lieux de son enfance où il manie les outils, la colle et la peinture dans l’atelier familial.

Façonné, modelé par les femmes de sa vie, Saïd les observe et les évoque non sans douleur et interrogations. De Ruhiya, une amie de sa mère qui l’enveloppe littéralement de sa sensualité (jusqu’aux vêtements qu’elle lui confectionne) à Salwa, son épouse qu’il n’a jamais aimée… L’amour est une quête toujours inachevée. Saïd reste plus souvent l’ami ou le confident que l’amant de ces dames. Pourtant, ce sont elles qui par leur mystère ont créé son identité d’homme et lui inspirent aujourd’hui le sens de sa vie.

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