Banzo, mémoires de la favela [Conceição Evaristo]

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Le “banzo” est la “nostalgie mortelle qui frappait les esclaves Noirs arrivés d’Afrique” -c’est aussi ce dont nous parle Conceição Evaristo dans son deuxième roman, ce qu’elle nous raconte en écrivant ses souvenirs de la favela.

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Même si Banzo met en scène plusieurs personnages, c’est par le regard de Tite-Maria que nous est décrite la favela et ses favelados. Collectionneuse d’histoires, Tite-Maria a le don d’écouter ses proches parler pour récolter leurs souvenirs, leurs rêves, leurs espoirs, envolés ou non. De sa petite taille et de ses yeux d’enfants, elle voit passer toutes ces personnes qui peuplent la favela : Bonté, Mémé Rita, le Nègre Alirio, Ditinha… elle observe, absorbe et s’imprègne de leurs vies. Grâce à ce double autobiographique, Conceição Evaristo distille dans ce roman ses souvenirs d’enfance. Elle nous y raconte son quotidien entre le robinet d’en haut et le robinet d’en bas, les rêves de ces favelados que les bulldozers menacent chaque jour d’expulser.

Il fallait vivre, “vivre du vivre”. La vie ne pouvait se résumer à cette misère crevarde. Elle réfléchit, chercha tout au fond de dedans-elle ce qu’elle pouvait faire. Son cœur étouffait, à l’étroit dans sa poitrine.

La pensée surgit, rapide et limpide comme l’éclair : un jour, elle écrirait tout. (p.182)

Banzo témoigne d’un véritable travail de mémoire, de la difficulté de laisser une époque, un lieu et des souvenirs derrière soi. Loin de la violence et de la brutalité que l’on associe à la favela, Conceição Evaristo nous décrit presque un lieu plein de douceur et de poésie. Le quotidien y est sublimé grâce à la plume chargée d’émotion et toute en sensibilité de l’auteure, et donne à l’histoire d’autant plus de profondeur et d’impact. On n’oublie pas malgré tout que ce sont des descendants d’esclaves, de lutte et de résistance qu’elle nous parle ici, et que c’est la misère quotidienne qu’elle nous décrit. Tandis que les sauts dans le passé nous permettent de mieux comprendre l’histoire des personnages, l’avenir reste quant à lui incertain.

La samba, la musique, la joie raisonnaient. Il faut chanter ! Les favelados ouvraient grand la bouche, exhalant parfois un souffle tiède de cachaça, montrant leurs gencives pourries et leurs dents cariées. Jolis rires, jolis sourires… Leur beauté ne venait pas de dents propres, blanches, bien alignées, leur beauté venait du dedans, d’une innocence, de l’illusion de se croire présentement heureux. (p.80)

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Certaines jeunes filles de la favela, encore vierges, rêvaient du prince charmant. Alors il y avait des mariages, des fêtes, des robes blanches et des lancers de bouquet en l’air. Il y avait des cases en bois et en tôles, que le futur marié préparait avec amour pour sa bien-aimée. Il y avait des rêves qui ne rentraient pas dans les cases, qui ne se réalisaient jamais. Il y avait l’illusion, pour supporter la vie. (p.137)

Banzo est pour conclure un livre que j’ai adoré ! J’y ai appris à mieux connaître l’auteure que j’avais déjà beaucoup aimée dans L’Histoire de Poncia, et j’y ai retrouvé son écriture unique et sa capacité à créer à partir de la misère et du chaos. Encore une fois, l’auteure donne dans ce roman une voix aux afro-brésiliens et aux femmes qui luttent pour défendre leurs droits. Tout comme le premier roman de l’auteur, c’est un livre que je vous conseille vivement de découvrir, je ne saurais que vous encourager à découvrir l’écriture magique de Conceição Evaristo et ses histoires aussi surprenantes que touchantes !

BANZO“La favela souffrait à l’unisson. Une seule crainte, un seul désespoir : sa démolition.” Dans cette favela d’une autre époque, Tite-Maria, négrillonne pleine de rêves et d’espoirs, raconte. Entre misères et grandeurs, pauvreté et solidarité, elle crée une histoire plus grande, celle de la favela.

“Un jour, elle raconterait, libérerait, ferait résonner les voix, les murmures, les silences, les cris étouffés de chacun et de tous. Tite-Maria écrirait un jour la parole de son peuple.”

Le deuxième roman de Conceição Evaristo, écrit-racine, est aussi un roman témoignage et une chronique sociale. Conceição Evaristo, afro-brésilienne, est la grande voix féministe et mémorialiste au Brésil.

Pensez-vous que ce roman pourrait vous plaire ? Connaissez-vous Conceição Evaristo ? Avez-vous lu des auteurs brésiliens ?

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3 commentaires sur “Banzo, mémoires de la favela [Conceição Evaristo]

    1. Je te conseille vraiment de lire Conceição Evaristo alors, c’est une auteure géniale ! J’ai beaucoup aimé son premier roman, mais je crois que celui-ci est mon préféré 🙂

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