En compagnie des hommes [Véronique Tadjo] : mon coup de cœur de la rentrée littéraire

Cela fait quelques mois que je peine à trouver du temps d’écrire ici, mais je n’ai pourtant pas arrêté de lire ! Il y a d’ailleurs de nombreux livres dont j’aimerais vous parler, des livres de la rentrée, forcément, mais aussi des livres plus anciens qui méritent aussi leur petit article ici 🙂 Pour revenir en douceur mais avec du positif, j’ai voulu vous parler du livre qui a été la plus grosse “révélation” de cette rentrée pour moi, et un gros coup de cœur : En compagnie des hommes de Véronique Tadjo.

Entre 2014 et 2016, le virus Ebola a infecté plus de 28 000 personnes, parmi lesquelles 11 000 sont mortes. Pendant quelques années, ce sont trois pays de l’Afrique de l’Ouest, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, qui ont vécu sous la menace de cette épidémie.

Ebola, c’est le thème du (magnifique) roman de Véronique Tadjo publié en cette rentrée littéraire : En compagnie des hommes. Dans ce roman choral où diverses voix se mélangent pour former une cacophonie théâtrale et solennelle, des narrateurs se succèdent, tous différents et anonymes, et racontent leur quotidien de soignant, de malade, proche, mourant, rescapé, d’arbre millénaire même.

« Nous, les arbres. Nos racines plongent jusqu’au cœur de la terre dont nous sentons battre le pouls. Nous respirons son haleine. Goûtons sa chair. Nous naissons et mourons au même endroit sans jamais nous éloigner de notre territoire. À la fois prisonniers et vainqueurs du temps, figés et élancés. Nous nous adaptons à la pluie et au beau temps, aux orages et aux vents d’harmattan. Nos cimes épousent les rêves cotonneux du ciel. Nous sommes le lien qui unit les hommes au passé, au présent et au futur incertain. »

Parmi toutes les choses qui m’ont époustouflée dans ce roman, il y a certainement la force et la portée du récit malgré l’absence notoire de personnage principal : la plupart des protagonistes n’ont d’ailleurs même pas de prénom, et on ne les croise que le temps d’un seul chapitre. L’auteur se retire avec élégance et ne trompe personne en mettant en scène un héros qui ne serait que l’avatar insuffisant de cette épidémie : le vrai sujet, c’est Ebola.

L’histoire, on la connaît, et c’est la même que pour toutes les épidémies. Ce que fait l’auteur ici, c’est humaniser cette histoire dont on a parlé aux infos et dans la presse ; elle donne un visage à ce fléau, va jusque dans les moindres recoins pour nous montrer la réalité de cette histoire.

« Sommes-nous mieux préparés à l’éventualité d’une autre catastrophe, ou l’oubli s’est-il déjà installé dans l’épaisseur des jours ? »

Qu’elle est belle, d’ailleurs, la langue de Véronique Tadjo, et celle de tous les hommes, femmes et enfants qu’elle nous présente dans ce roman. Le style est fluide, majestueux, digne et sensible ; l’écriture est riche et généreuseEn compagnie des hommes est un roman bien trop court : j’aurais bien tourné encore quelques dizaines de pages avec l’auteur, je lui aurai bien confié d’autres choses à me raconter, j’aurais bien écouté d’autres de ses histoires. Un beau coup de cœur pour un texte magnifique.

Avez-vous entendu parler de ce roman ? Est-ce qu’il vous tente ? Avez-vous eu un coup de cœur en cette rentrée littéraire ?

Surgi au coeur de l’Afrique, Ebola a mis les hommes et le monde face au danger de l’extinction. Dans le silence après la tourmente, trois voix s’élèvent : Baobab, confident et mémoire essentielle des êtres, Ebola, qui n’est pas le mal mais un organisme luttant pour sa survie, et Chauve-souris, porteur sain du virus et initiatrice du dialogue. Témoins ou acteurs de la tragédie, ils devisent sur la place de l’Homme, son rôle et ses responsabilités à l’égard du Monde dont il est le gardien. Sur le prix de sa vie aussi. Le palabre est ouvert….

Baobab, arbre-premier, arbre éternel, arbre symbole. Ses racines plongent loin au coeur du monde, pour le protéger de la fureur du soleil et des intempéries. Il va chercher la lumière douce, porteuse de vie, afin qu’elle éclaire l’humanité, illumine la pénombre et apaise les coeurs. Par la voix de l’arbre s’expriment tous ceux qui ont lutté contre les ravages d’Ebola. Hommes, femmes, enfants pris dans la tourmente mais combattants farouches pour la survie des autres et pour leur propre survie : le docteur en combinaison d’astronaute qui, jour après jour, soignait les malades sous une tente ; l’infirmière sage-femme dont les gestes et l’attention ramenaient un peu d’humanité, les creuseurs de tombes qui, face à l’hécatombe, enterraient les corps dans le sol rouge ; les villageois renonçant à leurs coutumes ancestrales pour ne pas favoriser la propagation de l’épidémie…

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4 commentaires sur “En compagnie des hommes [Véronique Tadjo] : mon coup de cœur de la rentrée littéraire

  1. bonjour c’est elo melo
    ce n’est pas la première fois que tu touches un coin sensible de mon äme c’est un peu pompeux pardon je ne trouve pas le mot adéquat là tout de suite , avec le promeneur d’Alep c’était une vidéo courte ,précise et là c’est écrit sais -tu que je t’entends… si tu penses que je déraille tu n’as pas tort j’en fait trop 😉 je suis ainsi
    je veux lire ce livre pas dans 8 jours je le cherche en biblio autrement je l’achète mercredi merci encore une fois je ne connais pas du tout l’auteure
    merci pour cette nouvelle piste

    1. Coucou 🙂 Je suis ravie de voir que ça t’a donné envie de lire ce livre ! Je l’ai vraiment adoré, et si je retiens un livre de cette rentrée, c’est bien celui-ci 🙂
      Donne-moi des nouvelles quand tu l’auras lu, je suis très curieuse d’avoir ton avis !

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