Debout-payé [Gauz]

Hello,

C’est quelque part sur internet que j’ai entendu parler de Debout-payé pour la première fois. Je n’y ai prêté aucune attention : la quatrième de couverture sonnait un peu vague pour moi et ne m’avait pas donné envie de le lire. Et puis le temps a passé, il est sorti en poche et de nombreuses critiques en ont depuis fait l’éloge. Un peu curieuse, je me suis finalement laissée tenter.

debout paye_gauz_u lost control_2

Ils s’appellent Ossiri, Ferdinand ou Kassoum, ils ont immigré en France par besoin ou par envie. À Paris, ils vivent à la MECI, à plusieurs dans quelques mètres carrés, et ont un boulot dans lequel ils sont payés pour être debout : vigile. À Sephora, à Camaïeu, sur les champs Elysées ou dans une boîte de nuit, ils surveillent les clients, les classifient et les interpellent si nécessaire. De Valérie Giscard d’Estaing jusqu’à nos jours en passant par les attentats du 11 septembre, Gauz raconte le quotidien et les enjeux des Noirs immigrés en attente de titre de séjour ou sans-papier en France.

“Envoyez de l’argent au pays.” Il était obligé de faire des rondes dans les bâtiments désossés. Vitres cassées, portes absentes, couloirs interminables, salles sans plafond, patios encombrés de ferraille, rampes mécaniques géantes figées dans la rouille, vieilles machines aux formes étranges… Les Grands Moulins de Paris étaient une ruine magnifique. Les courants d’air de l’hiver glacial dansaient leur froide farandole dans ce vaisseau spacieux échoué sur les bords de la Seine. Ossiri aimait beaucoup faire les rondes. (p.119)

C’est avec un ton très doux-amer que Gauz décrit ces anecdotes qui semblent à première vue assez décousues. Plein d’ironie et avec un humour qui reste en travers de la gorge, le style est incisif et marquant. Debout-payé est une lecture étonnante pendant laquelle je n’ai eu aucun recul sur le livre : assez décontenancée, j’étais d’abord concentrée sur le fait d’assembler tous ces éléments fragmentés donnés par l’auteur, j’essayais d’y trouver un fil conducteur et de ne pas me perdre dans tous ces éléments. L’écriture de Gauz est hyper originale, pleine de créativité, et même de poésie.

debout paye_gauz_u lost control_3

Le discours de Gauz est bref : en quelques lignes, il nous fait prendre conscience du passé colonialiste de la France et des différentes politiques d’immigration. Le fait qu’il choisisse d’aborder le thème de l’immigration africaine à travers le métier de vigile est un angle que je trouve très original ! Le dernier chapitre est celui que j’ai trouvé le plus marquant -il y décrit Kassoum qui voit, à la télé, l’effondrement des tours jumelles à New York et les répercussions que cela aura sur le métier de vigile.

Polyester, polyamide, polyvinyle… sont de grosses molécules de synthèse à la base des fibres utilisées dans l’industrie textile. Les chimistes les appellent des “polymères”.

Maternité éloignée et vie sexuelle déclinante, les femmes au-dessus de 50 ans sont très attirées par les habits en fibres de polyester, polyamide, polyvinyle. Le vigile les appelle les “polymères”. (p.46)

Pour lire Debout-payé, il faut selon moi accepter de se laisser mener par l’auteur, s’adapter à son rythme pour finalement se laisser surprendre par ce roman qui ne prend tout son sens qu’une fois refermé. C’est assez facile à faire : en plus d’être court (200 pages), c’est un livre très rythmé qui ne nous lasse jamais ! En définitive, je suis vraiment contente d’avoir laissé sa chance à ce livre ; c’est un OVNI qui sort des sentiers battus et nous propose une histoire vraiment différente, sensible, intelligente et bien faite. N’hésitez pas à le lire !

debout payé“Debout-payé : désigne l’ensemble des métiers où il faut rester debout pour gagner sa pitance.” De son expérience de vigile au Camaïeu de Bastille et au Séphora des Champs Elysées, Gauz a tiré un roman intelligent et satirique où il dénonce notre indifférence à l’égard des immigrés. À travers différents personnages, dont Ossiri, un étudiant ivoirien sans papiers devenu “debout-payé”, il raconte l’épopée de l’immigration africaine en France et son histoire politique et coloniale. De son regard acéré, le vigile scrute avec ironie, colère et humour l’évolution de son métier et de notre société. Le portrait implacable d’un consumérisme effréné.

Avez-vous déjà entendu parler de ce titre ? Pensez-vous qu’il pourrait vous plaire ?

Vous aimerez peut-être aussi

4 commentaires sur “Debout-payé [Gauz]

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée.Les champs requis sont indiqués *