électre [Jean Giraudoux]

Bonjour à tous !

Ça fait longtemps que je ne vous ai pas parlé de théâtre ! Ça faisait longtemps aussi que je n’en n’avais pas lu… Mais je suis passée récemment en librairie, et je n’ai pas pu résister à un exemplaire d’Électre de Jean Giraudoux vendu d’occasion… Rien de mieux que la tragédie grecque et ses réécritures pour se replonger dans la lecture !

Agamemnon est de la famille des Atrides. Marié à Clytemnestre, il a quatre enfants avec elle : Iphigénie, Oreste, Électre et Chrysothémis. Meneur de l’expédition contre Troie, il part à la guerre et laisse Argos dans les mains de son cousin Egisthe. Celui-ci ne tarde pas à séduire Clytemnestre. Ensemble, ils tuent Agamemnon lorsque celui-ci revient de Troie.
Des enfants d’Agamemnon et de Clytemnestre, seules Électre et Chrysothémis restent à Argos ; Iphigénie et Oreste ont fui. Seulement lorsqu’Oreste revient, une fois adulte, Électre lui demande de venger la mort de son père et de tuer son assassin…

Giraudoux se concentre ici sur le personnage d’Électre, qui a la particularité de ne pas savoir qui est le meurtrier de son père. Lorsqu’Oreste revient, c’est une femme fanée et morne, le retour de son frère est une sorte de délivrance pour elle, une renaissance. Cette pièce a alors des faux airs de roman policier puisque qu’Électre et son frère soupçonnent et menacent leur entourage pendant le début de la pièce, avant de démasquer le(s) coupable(s).
Malgré ces faux airs de roman policier, il s’agit cependant d’une tragédie classique dans la mesure où elle respecte un de ses codes : celui de l’ironie tragique. Ici, le lecteur sait qui est le coupable, seuls Électre et Oreste ne le savent pas !

De nombreux passages de cette pièce m’ont troublée, émue et impressionnée. Le lamento du jardinier en est un premier exemple. Au milieu de la pièce, en lieu et place de l’entracte, Giraudoux nous propose en effet le lamento du jardinier, un monologue pendant lequel ce dernier va nous proposer son regard sur l’histoire et quelques réflexions sur la Tragédie (que j’ai adorées !).

« Moi, je ne suis plus dans le jeu. C’est pour cela que je suis libre de venir vous dire ce que la pièce ne pourra vous dire. Dans de pareilles histoires, ils ne vont pas s’interrompre de se tuer et de se mordre pour venir vous raconter que la vie n’a qu’un but, aimer. Ce serait même disgracieux de voir le parricide s’arrêter, e poignard levé, et vous faire l’éloge de l’amour. Cela paraîtrait artificiel. »

La fin de la pièce est enfin un deuxième passage que j’ai adoré : lorsque Le Mendiant raconte ce qui arrive à Oreste, Egisthe et Clytemnestre alors qu’ils ne se trouvent pas au même endroit. Comme un devin, Le Mendiant raconte ce qu’il se passe au moment présent sans le voir, et anticipe même si ce qu’il va se passer. Cela donne une tirade incroyable dans laquelle les temps se mélangent, de même que le sublime et la violence.

Les personnages sont ceux de la tragédie grecque : ambivalents et troublants. Ils trouvent de la noblesse dans leurs actions les plus basses et nous inspirent des sentiments très contradictoires. J’ai souvent tendance à arrêter très vite mes impressions sur les personnages, à savoir immédiatement du côté de qui je suis et qui je déteste, mais une des raisons pour lesquelles j’aime les tragédies grecques est que je suis toujours beaucoup moins sûre de moi en refermant le livre. Et si elle n’était pas si cruelle que ça ? Et s’il n’était pas un simple arriviste meurtrier ? Et si elle n’était pas si blanche ? Ce sont plein de questions que je me pose après coup et qui me hantent encore longtemps après la lecture.

Prenons par exemple Clytemnestre et Egisthe. Dès le début, j’ai vu Clytemnestre comme une femme hypocrite et malveillante et Egisthe comme un opportuniste sans cœur, un peu comme Créon (dans Antigone) mais en pire. Avec du recul, Clytemnestre peut aussi être vue comme une vraie femme : épouse, amante, mère,… et Électre n’est peut-être pas la justicière aussi pure et innocente qu’elle n’y paraît : c’est peut-être une égoïste qui fait passer son propre intérêt avant le bien commun. Egisthe enfin fait partie des personnages les plus ambigus de la pièce. J’ai adoré découvrir ses sentiments ambigus envers Clytemnestre et Électre, ses ambitions, ses peurs, ses faiblesses… C’est sûrement un voire le personnage que j’ai préféré dans toute la pièce.

Bref, j’ai non seulement adoré la pièce Électre, mais j’ai aussi adoré découvrir ce mythe à travers les yeux de Giraudoux. Les réécritures modernes de mythes sont peut-être plus abordables et moins impressionnantes que les tragédies plus classiques, et elles sont selon moi un très bon moyen de découvrir les mythes de l’antiquité et d’élargir sa culture. Mais le plus important selon moi est que les mythes nous font passer des émotions incroyables et nous parlent de l’Homme de façon très juste. Si j’aime les tragédies grecques et leur réécriture, c’est parce qu’elles sont vraies et nous ressemblent beaucoup plus qu’elles n’en ont l’air. Elles font parties des histoires parmi lesquelles je me reconnais le plus !

Puisant aux sources de la mythologie antique, avec en miroir la situation de l’Europe en 1937. Jean Giraudoux donne au personnage d’Electre une force dramatique incomparable. Pour venger le meurtre de son père Agamemnon, Electre arme le bras de son frère Oreste et va préférer le saccage de sa ville au sursis réclamé par Egisthe. Entre l’ordre et la justice, elle choisira la justice. Sur les cendres d’Argos, le jour se lève : ” Cela s’appelle l’aurore “, dit le mendiant, prophète sublime et dérisoire.

Et vous, dans quels types de livres vous reconnaissez-vous le mieux ? Connaissiez-vous l’histoire d’Electre ou une autre pièce de Giraudoux ?

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12 commentaires sur “électre [Jean Giraudoux]

  1. Impossible en effet, j'en suis sortie avec un beau butin ce jour-là 🙂
    J'espère que tu auras l'occasion de découvrir Electre, c'est une super, super pièce ! Certains disent que c'est la meilleure de Giraudoux d'ailleurs… Tu en as lues d'autres de l'auteur peut-être ? Bises !

  2. Je n'ai pas lu cette pièce de Giraudoux mais j'adore La guerre de Troie n'aura pas lieu de l'auteur. J'avais passé un excellent moment en sa compagnie et puis la présence d'Hector m'enchantait ^^
    Tu mes donnes envie de découvrir celle ci maintenant =)

  3. A la base je ne suis pas très fan des tragédies de la sorte, mais en réécriture, je pense avoir une bonne surprise !
    Je note pour la bac français, l'an prochain !
    En ce moment je lis Bel-Ami de Maupassant, et comme je m'y attendais, je passe un très bon moment ! L'ambiance parisienne du XIXème me plait énormément et le rapport femme/pouvoir est très interessant !
    Il est d'ailleurs amusant de remarquer que Maupassant a réécrit certaines scènes de Madame Bovary ! Notamment celle du fiacre !
    En tout cas, le thème de l'ascension sociale me passionne. Parfait après le Rouge et le Noir !
    Bises 🙂

  4. J'ai adoré celle-ci aussi, c'est d'ailleurs par elle que j'ai découvert Giraudoux. Si tu l'as aimée, je pense que tu aimeras aussi Electre, elle est dans le même "esprit" !
    Bises.

  5. Je comprends que les tragédies grecques ne soient pas du goût de tout le monde, mais je sais que beaucoup de lycéens ont commencé par les réécritures (notamment l'Antigone d'Anouilh) et ont beaucoup aimé. Electre est très chouette, mais je te conseillerais quand même de commencer par Antigone (d'Anouilh) si ces histoires t'intéressent !

    Je suis contente que tu aimes Bel-Ami, c'est une histoire que j'ai adorée aussi. J'aime beaucoup Maupassant en général d'ailleurs ! Il y a quelques similitudes entre Maupassant et Flaubert en effet, notamment en rapport avec la Normandie ! L'atmosphère de leurs livres sont assez similaires aussi je trouve.
    Dis-donc, tu fais de belles lectures en ce moment, Le Rouge et le noir aussi ! J'ai lu ce bouquin au lycée et je devrais le relire pour me faire un nouvel avis et pour mieux connaître le livre.
    Bises !

  6. Ca faisait longtemps que ce Stendhal me faisait de l'oeil et puis j'ai décidé de m'y mettre ! C était extra !
    Maupassant à longtemps été mon auteur préféré avant de connaître Zola !
    Je ne comptes plus le nombres de nouvelles que j ai lues de lui. Prochaine étape : une vie !
    Oui, l atmosphère de leurs livres se ressemblent, je n étais pas très depaysee en lisant Mme Bovary !
    Cette semaine je devrais écrire ma chronique sur le Grand Meaulnes, je te tiendrais au courant !
    Bises 🙂

  7. Ah c'est super chouette que tu aies aimé ! Je ne connais encore pas très bien Zola et je t'avoue que jusqu'ici mes lectures de cet auteur ont été plutôt mitigées : j'ai adoré Thérèse Raquin, bien aimé Nana et moyennement aimé Le Rêve…
    J'ai adoré Une vie !! Il faudait moi aussi que je lise ses nouvelles, et que je relise Le Horla notamment ! N'hésite pas à revenir me prévenir quand tu auras chroniqué Le Grand Meaulnes, je suis curieuse de lire ton avis là-dessus et de voir si tu l'as aimé ou pas ! 🙂 Bises !

  8. Le Horla est tout simplement TOP, une des meilleures qu'il ait écrite. J'ai bien aimé également ''Rêves'' qui est tout aussi particulière.
    Ma chronique sur le Grand Meaulnes est publiée, mais elle est différente. Je m'efface pour parler du fond et des thèmes.
    J'espère que tu apprécieras.
    A plus 🙂

  9. Je me reconnais plus dans les classiques, évidemment, mais tout cela dépend du livre aussi !
    J'ai lu cette pièce-ci et "La guerre de Troie n'aura pas lieu" mais j'aimerai bien revenir plus précisément aux textes d'origine des auteurs grecs : Sophocle. Il faut que je les achète dans ces versions la prochaine fois que j'irai en librairie 🙂

  10. Je comprends ton envie de revenir aux textes d'origines. Après avoir découvert les réécritures, je me suis aussi tournée vers les textes de l'Antiquité. Pour l'instant je n'ai lu qu'OEdipe et Antigone de Sophocle, mais j'ai acheté récemment des textes d'Euripide, de Sénèque et d'Eschyle que j'ai très hâte de lire ! Je suis pourtant incapable de dire si je préfère les versions modernes ou antiques…
    Bises.

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