Les Désorientés [Amin Maalouf]

J’avais souvent entendu parler d’Amin Maalouf, mais n’avais jamais lu aucun de ses romans. J’ai profité de ma carte d’abonnement à la bibliothèque pour le découvrir en lisant Les Désorientés. J’ai tellement aimé ce roman que je n’ai pas attendu longtemps pour acheter mon propre exemplaire !

Imaginez : vous avez cinquante ans, avez quitté votre pays d’origine il y a plus de 20 ans et n’y avez jamais remis les pieds depuis. Vous y avez laissé vos amis et avez abandonné la guerre et les souvenirs. C’est la situation dans laquelle est Adam, le héros des Désorientés. Il a immigré en France il y a plusieurs années et n’est jamais retourné dans le pays qui l’a vu naître. Ce pays, c’est sûrement le Liban : sûrement, parce qu’il n’est jamais explicitement nommé dans le roman.

Quitter son pays est dans l’ordre des choses ; quelquefois, les événements l’imposent ; sinon, il faut s’inventer un prétexte. Je suis né sur une planète, pas dans un pays. Si, bien sûr, je suis né aussi dans un pays, dans une ville, dans une communauté, dans une famille, dans une maternité, dans un lit… Mais la seule chose importante, pour moi comme pour tous les humains, c’est d’être venu au monde. Au monde ! Naître, c’est venir au monde, pas dans tel ou tel pays, pas dans telle ou telle maison. (p.59)

Si Adam est amené à faire le voyage du retour 25 ans après son départ, c’est parce que son ancien meilleur ami est sur le point de mourir. À l’article de la mort, sa femme appelle Adam pour lui demander de le rejoindre. Il s’envole pour le Liban et laisse derrière lui les rancœurs, les vieilles rancunes et les non-dits car “ces mille raisons ne valaient plus rien à l’approche de la mort”. À son retour, son ami Mourad est déjà mort -mais ce voyage va être l’occasion pour lui d’organiser une réunion avec leur vieux groupe d’amis afin de tous les revoir, et de rendre hommage aux adolescents qu’ils étaient en essayant de comprendre comment ils sont devenus les adultes qu’ils sont aujourd’hui.

Le roman d’Amin Maalouf est riche de nombreux thèmes : l’amitié en est un central, l’adolescence aussi, le fait de grandir et d’abandonner derrière soi ses souvenirs, ses racines et ses idéaux. Les Désorientés parle aussi d’émigration et de patrie, et aussi de l’Orient, des pays du Levant, de leurs guerres et de leurs trajectoires. À travers les portraits de tous les amis d’enfance d’Adam, on comprend tous les choix qui se sont offerts aux levantins : abandonner sa religion -chrétienne, juive ou musulmane- ou s’y plonger corps et âme, fonder une famille ou rester seul, quitter son pays pour un autre continent ou y rester coûte que coûte, être fidèle à l’idée qu’on se fait de la morale ou à l’honneur de sa famille.

Tous ces thèmes sont abordés avec justesse et sans langue de bois : les personnages ne sont pas épargnés, chacun est confronté aux décisions qu’il a prises par le passé et est forcé de regarder leurs conséquences en face. J’ai beaucoup aimé l’honnêteté de ces personnages, leur ambiguïté et la multiplicité de leurs parcours.

Que le monde d’hier s’estompe est das l’ordre des choses. Que l’on éprouve à son endroit une certaine nostalgie est également dans l’ordre des choses. De la disparition du passé, on se console facilement ; c’est de la disparition de l’avenir qu’on ne se remet pas. Le pays dont l’absence m’attriste et m’obsède, ce n’est pas celui que j’ai connu dans ma jeunesse, c’est celui dont j’ai rêvé, et qui n’a jamais pu voir le jour. (p.67)

J’ai adoré la façon dont le roman est écrit : il y a d’abord Adam qui confie ses pensées à un journal, il nous raconte ainsi les émotions par lesquelles il passe et les différentes épreuves qu’il traverse – on a donc d’abord une version très intime des événements. En un second temps, on a toutefois un narrateur externe qui vient replacer le récit d’Adam dans son contexte : ce narrateur explique ce qu’Adam ne couche pas sur papier et nous permet de prendre de la distance par rapport au journal d’Adam. C’est un procédé qui ajoute de l’intérêt au récit dans la mesure où Adam est lui aussi un personnage que le lecteur peut juger, et qui rythme et dramatise bien le roman.

J’ai beaucoup aimé le style d’Amin Maalouf, que j’ai trouvé excellent conteur. Et enfin, il y a cette belle citation qui est aujourd’hui presque culte, et dont je ne souhaiterais pas vous priver :

On parle souvent de l’enchantement des livres. On ne dit pas assez qu’il est double. Il y a l’enchantement de les lire, et il y a celui d’en parler. Tout le charme d’un Borges, c’est qu’on lit les histoires contées tout en rêvant d’autres livres encore, inventés, rêvés, fantasmagoriques. Et l’on a, l’espace de quelques pages, les deux enchantements à la fois. (p.454)

Les Désorientés est un vrai coup de cœur pour moi, c’est définitivement un roman que je vous conseille sans réserve. Je crois qu’il fait partie des rares livres que je pourrais conseiller à n’importe qui ! Avez-vous lu ce roman ? Pensez-vous qu’il pourrait vous plaire ? Connaissez-vous Amin Maalouf ?

Cela fait vingt-cinq ans qu’Adam n’est pas retourné dans son pays natal. Vingt-cinq ans qu’il vit à Paris, où il est un historien reconnu.

Une nuit, il est réveillé par la sonnerie du téléphone. L’appel vient du pays où il est né et où il a grandi. L’un de ses plus proches amis de jeunesse est à l’agonie. Il s’appelle Mourad, et avant de mourir, il voudrait revoir Adam, avec lequel il est brouillé depuis toutes ces années.

Alors, sans réfléchir, Adam prend le premier avion. Après des décennies d’absence, le revoici au pays de ses origines, un pays d’Orient aux montagnes couleur de lait. Ce grand intellectuel qui avait choisi l’exil retrouve soudain les lieux et les gens qu’il avait quittés sans se retourner. Peu à peu, le passé refait surface. Adam se souvient de Naïm, de Bilal, d’Albert et de Ramez, il se souvient des nuits passées à débattre passionnément, il se souvient de la guerre.

Il s’installe chez la belle Sémiramis, et soudain, c’est l’heure du bilan. Que sont-ils tous devenus ? De l’islamiste « fréquentable » à l’ingénieur devenu moine, du magnat des affaires au politicien véreux, les amis de jeunesse ont suivi des voies différentes, et certains d’entre eux ont à présent les mains sales. Que faut-il préférer ? La pureté de l’exil ou l’engagement qui corrompt ? Le courage n’est pas toujours là où l’on croit…

L’amour et l’amitié, les idéaux et les compromissions, la politique, le désir, la trahison, c’est à tout cela qu’Adam se confronte au cours de ce voyage, avant de rencontrer son destin…

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