Novecento : Pianiste [Alessandro Baricco]

Bonjour à tous,

Ce qui m’a tout de suite surprise avec ce tout petit livre (83 pages !), c’est qu’il ne s’agit pas d’une pièce de théâtre construite et présentée de manière classique. En réalité, je l’aurais plutôt considéré comme un roman, ou en tout cas un texte en prose. Enfin, je vous laisse découvrir tout ça de vous-même :

L’histoire de Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento nous est racontée à travers la voix de Tim Tonney. Ce dernier est trompettiste de l’orchestre du Virginian, un bateau qui fait la traversée de l’Atlantique depuis des années.

Novecento est orphelin. Né d’une mère inconnue, trouvé dans une boîte en carton et adopté par un marin de l’équipage, il a la particularité de n’être jamais descendu du bateau. De manière très ironique, ce n’est pas le fait de vivre sur un bateau qui lui permet de voyager mais la musique ; car Novecento est un virtuose du piano, et à chaque nouveau morceau qu’il joue, il visite une nouvelle ville qu’il n’a en réalité jamais vue.

En nous racontant l’histoire de Novecento à travers la voix d’un autre personnage du livre (son ami le plus proche, plus précisément), Alessandro Baricco crée une atmosphère assez intime à sa pièce. Si Tim Tooney essaye de nous présenter Novecento le plus honnêtement possible, leur amitié fait du héros un homme touchant et plein de qualités humaines : difficile de ne pas s’y attacher.

En ce qui concerne l’intrigue en elle-même, elle est présentée de manière assez surprenante : au départ, on a l’impression que l’histoire qu’on nous raconte n’a pas de but et qu’aucun élément perturbateur ne justifie vraiment l’existence du récit. Pourtant, si on se laisse bercer par le récit, on s’aperçoit finalement que l’histoire de Novecento a vraiment du sens, est émouvante et vaut vraiment le coup d’être lue. Alessandro Baricco a imaginé une histoire et un personnage hors-du-commun, qu’on ne rencontre souvent que dans les livres et qui ont le pouvoir incroyable de nous faire rêver.
Mais ce qui m’a le plus interpellée dans ce roman, c’est la forme du texte. Si celui-ci est classé parmi les pièces de théâtre, la lecture du récit nous donne plutôt l’impression que le genre de ce récit est assez difficile à définir : est-ce une pièce de théâtre ou un roman ?

Certains éléments traditionnels des pièces de théâtre sont absents de ce récit : il n’y a pas de découpage en actes et en scènes et pas de réplique à proprement parler. En effet, un seul personnage est présent sur scène (Tim Tooney, le trompettiste) et c’est celui qui nous raconte toute l’histoire. Mais l’auteur nous prévient dès le départ que la forme de ce roman est ambigüe puisque le récit est introduit par une sorte de « mise au point » de la part d’Alessandro Baricco :

« J’ai écrit ce texte pour un comédien, Eugenio Allegri, et un metteur en scène, Gabriele Vacis. […] A le voir maintenant sous forme de livre, j’ai plutôt l’impression d’un texte qui serait à mi-chemin entre une vraie mise en scène et une histoire à lire à voix haute. Je ne crois pas qu’il y ait un nom pour des textes de ce genre. […] » p.9 La référence au théâtre est toutefois là dans la mesure où le sous-titre du livre lui-même nous indique qu’il s’agit d’un « monologue ».

De même, quelques didascalies suggèrent l’existence d’une mise en scène et nous rappellent les codes traditionnels du théâtre :

« Le comédien se dirige vers les coulisses. On entend l’orchestre qui recommence à jouer, pour le final. Quand le dernier accord s’éteint, le comédien revient sur scène. » p.22

Enfin, on peut même y découvrir quelques passages qui s’apparentent à de la poésie. En effet, Alessandro Baricco joue beaucoup avec la forme de l’écriture dans ce livre et c’est très agréable de voir qu’il ne se met aucune manière. On s’aperçoit ainsi qu’Alessandro Baricco ne s’impose aucune barrière et ne se cantonne pas à un genre particulier. Au contraire, c’est comme s’il cherchait à exprimer les émotions de manière la plus juste qu’il soit ; la forme apparaît donc comme un moyen pour lui de renforcer le fond. Plus qu’un choix qui restreint et enclave l’écriture, la forme du récit vient vraiment le soutenir et lui donner du sens.

→ MON AVIS


Alessandro Baricco est un auteur très agréable à lire et j’ai vraiment passé un bon moment pendant la lecture de Novecento : Pianiste. L’histoire est sympathique, le personnage de Novecento est original et j’ai beaucoup aimé l’enchevêtrement des thèmes de la mer et de la musique. Ces deux éléments s’accordent à merveilles et donnent lieu à de superbes passages. Je pense notamment à la scène où le narrateur rencontre Novencento lors d’une tempête :


« […] ce piano commença à glisser sur le parquet de la salle de bal, et nous derrière lui, avec Novecento qui jouait, sans détacher son regard des touches, il avait l’air ailleurs, et le piano suivait les vagues, […] » p.38


En même temps, il faut souligner que les deux thèmes choisis par l’auteur (le piano et la mer) sont d’emblée assez poétiques… ce n’est pas comme s’il nous racontait une histoire de cornemuse et de ville fantôme ! Et l’écriture d’Alessandro Baricco ajoute vraiment quelque chose à ces éléments. Son style est rempli de paradoxes : spontané et travaillé à la fois, simple et poétique, brut et pourtant léger… de telle sorte qu’on le sent vraiment complexe, complet, et qu’il sublime vraiment l’histoire. En lisant ce livre, j’ai eu le sentiment de m’ouvrir à un nouveau monde.

Par contre, comme pour Soie, il manquait un petit quelque chose à cette lecture pour qu’elle soit un coup de cœur. Certes, c’est une très belle découverte et je suis ravie d’avoir lu un livre sur lequel je ne me serais sans doute pas penchée s’il n’y avait pas eu de challenge, mais je dois vous avouer que cette lecture ne m’a pas non plus bouleversé trop de choses en moi. J’ai découvert une très belle histoire (et c’est déjà énorme, tous les livres ne me font pas cet effet là), mais elle n’a pas vraiment eu d’écho en moi. Ceci dit, c’est une impression très subjective et personnelle, et le livre ne vous fera probablement pas le même effet.

Né lors d’une traversée, Novecento, à trente ans, n’a jamais mis le pied à terre. Naviguant sans répit sur l’Atlantique, il passe sa vie les mains posées sur les quatre-vingt-huit touches noires et blanches d’un piano, à composer une musique étrange et magnifique, qui n’appartient qu’à lui: la musique de l’Océan dont l’écho se répand dans tous les ports.
Sous la forme d’un monologue poétique, Baricco allie l’enchantement de la fable aux métaphores vertigineuses.
En fin de compte, je vous recommande ce livre à 100% si vous êtes un amoureux de la mer et/ou du piano : je pense que ce livre saura vraiment vous toucher et aura du sens pour vous. En revanche, si vous êtes rebuté par des formats d’écriture assez inattendus ou que vous appréhendez l’écriture mi-théâtre mi-roman, je ne vous conseille pas vraiment de lire ce livre (essayez plutôt de découvrir Baricco avec Soie). Certes, vous pouvez toujours profiter de l’histoire sans vous arrêter sur les spécificités d’écriture, mais je peux comprendre que cela puisse être déstabilisant… A vous de voir si vous souhaitez vous laisser surprendre et sortir un peu des sentiers battus ou non 😉

5 commentaires sur “Novecento : Pianiste [Alessandro Baricco]

  1. Je suis ravie de voir que tu aies pu lire Novecento, et, en plus, peu de temps après ta chronique sur Soie du même auteur, tu es une rapide 🙂 Je suis plutôt du même avis que toi, ce livre est un peu un ovni, à l'histoire émouvante, poétique, et le personnage de Novecento est attachant, il vaut vraiment la peine d'être lu, mais je ne me suis pas sentie "transportée", tout comme toi, il manquait un petit quelque chose ! Bravo pour ton article, bises

  2. En fait, j'avais prévu de lire Novecento, mais j'ai découvert Soie par hasard, avant d'avoir eu le temps de lire le premier !
    On dirait qu'on est vraiment du même avis ahah, c'est exactement ça 🙂 Contente que cet article te plaise en tout cas. Bises !

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée.Les champs requis sont indiqués *