Petit pays [Gaël Faye] #RL2016

“Rien de tel que de laisser passer quelques mois avant d’écrire une chronique, pour voir ce qu’il nous reste vraiment d’un livre” diront certains. Je crois que Petit pays va être l’occasion de tester cet adage : voyons ce que j’en ai retenu !

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Gabriel a une trentaine d’années environ, il vit à Paris. Son enfance passée au Burundi pourrait lui paraître bien loin mais pourtant, il s’en souvient, de son petit pays… Il se souvient de son enfance passée avec ses amis, des quatre cents coups qu’ils faisaient dans sa ruelle, des moments de bonheur avec ses parents, puis leur séparation. Il se souvient de la menace de plus en plus grandissante d’une guerre entre Hutus et Tutsis, et puis il se souvient de la voir éclater aussi. Il nous raconte alors comment son regard sur les autres a commencé à changer, comment son quotidien s’est retrouvé bouleversé et comment il a commencé à avoir peur.

Petit pays est un roman tout en pudeur et en délicatesse, comme si le narrateur cherchait ses mots pour parler au lecteur tout en préservant l’enfant qu’il était. C’est à la fois un livre où l’on sent tout le respect et la bienveillance que l’auteur ressent pour l’enfant qu’il était, et un livre où l’on sent l’amertume, la colère pour ce qu’on lui a fait subir et pour ce qu’on a fait subir à son pays. C’est donc un livre où les opposés essayent de cohabiter, où plusieurs époques et plusieurs personnes s’entrechoquent, ne savent pas très bien comment cohabiter, et via lequel l’auteur semble vouloir réconcilier son passé et son présent.

En ce qui me concerne, Petit pays est un livre que j’ai beaucoup aimé. Il m’a donné à voir une réalité que je ne connais pas, une partie de l’Histoire que je connais très mal, et m’a donné un aperçu de sentiments et d’émotions que je ne connaîtrai surement jamais. C’est un livre qui ne sera sûrement jamais assez connu et gagnera toujours à l’être plus. Si l’écriture de Gaël Faye n’a pas été un coup de cœur pour moi, elle est en revanche très fluide, délicate, subtile, elle raconte les événements avec simplicité -en même temps, on se demande comment il aurait pu en être autrement. Maintenant que Gaël Faye nous a accouché de son premier roman, je suis curieuse de savoir ce qu’il nous réserve pour la suite et avec quel genre d’histoire il nous reviendra !

J’ai beau chercher, je ne me souviens pas du moment où l’on s’est mis à penser différemment. À considérer que, dorénavant, il y aurait nous d’un côté et, de l’autre, des ennemis, comme Francis. J’ai beau retourner mes souvenirs dans tous les sens, je ne parviens pas à me rappeler clairement l’instant où nous avons décidé de ne plus nous contenter de partager le peur que nous avions et de cesser d’avoir confiance, de voir l’autre comme un danger, de créer cette frontière invisible avec le monde extérieur en faisant de notre quartier une forteresse et de notre impasse un enclos.

Je me demande encore quand, les copains et moi, nous avons commencé à avoir peur. (p.80)

petit pays gael fayeEn 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…
Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

Avez-vous lu Petit pays, ou avez-vous résisté à tout le matraquage médiatique autour de ce livre ? Est-ce une histoire qui vous tente ?

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19 commentaires sur “Petit pays [Gaël Faye] #RL2016

  1. J’ai du mal avec les livres qui sont trop mis en avant, mais dans le cas de Gaël Faye c’est tout à fait mérité! C’est un récit que j’ai vraiment beaucoup aimé, et j’ai rencontré l’auteur au Salon du livre de Versailles, il est absolument adorable!

    1. Je te comprends, j’ai un peu de mal aussi, et souvent j’attends d’ailleurs leur sortie en poche ! Je suis bien contente d’avoir eu l’occasion de lire celui-ci assez rapidement par contre, je ne m’y serais peut-être pas intéressée sinon.

  2. Je ne cours pas après les livres primés. Mais je venais de finir “La vérité sur l’affaire Harry Quebert”, quand j’ai entendu parler de “Mon petit pays”, à son tour récompensé par le Goncourt des lycéens… Alors j’avoue ça m’a influencée dans mon choix de lecture, et je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre ! Pour l’instant, je ne suis pas déçue, j’en ai lu les trois-quarts. J’adore découvrir les péripéties du petit Gaby, il me fait voyager, et comme toi, j’ignorais beaucoup de cette partie de l’Histoire… C’est à mes yeux un très beau livre.

    1. Généralement, je ne pas déçue par les livres primé par le Goncourt des lycéens, ce sont souvent de belles découvertes, même ! Il faudrait vraiment que je lise La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, celui-ci promet d’être très sympa aussi. Je te souhaite une belle fin de lecture si tu n’as pas déjà terminé Petit pays ! 🙂

  3. Hello Charlotte !

    J’espère que tu vas bien. Je me souviens de ton blog, je le suivais il y a quelques temps maintenant (2 ans, par là…). Depuis j’ai quitté la blogo, et puis maintenant elle me rattrape, j’ai envie d’écrire de nouveau, même si je ne sais plus par où commencer !
    Bref bref, ducoup je me replonge dans des blogs comme le tien.

    Je suis justement en train de lire Petit Pays en ce moment, ma maman me l’a offert récemment. Pour être honnête je n’en avais pas vraiment entendu parler. Ce livre me touche, je le trouve pertinent, facile à lire et instructif !

    Des bisous,

    Lison
    http://plumaline.blogspot.fr

  4. Je l’ai lu mais ce ne fut pas le coup de coeur que tout le monde a eu. Le début m’a semblé un peu lent, j’ai davantage accroché à la seconde partie. J’ai beaucoup aimé par contre découvrir ce pan de l’Histoire. Je poursuivrai d’ailleurs dans le même sujet, avec le roman de Yasmine Ghata, dont on a peu entendu parler.

    1. Oui ! J’ai lu le roman de Yasmine Ghata aussi mais je t’avoue que j’ai quand même préféré celui de Gaël Faye 🙂 Mais “J’ai longtemps eu peur de la nuit” est très bien aussi !

  5. Haha, je l’ai lu en décembre je ne l’ai toujours pas chroniqué :/ Je pense le relire un peu avant de m’y atteler, en tout cas je tire mon chapeau bas pour ta chronique rédigée longtemps après la lecture du roman 😉

    J’aime beaucoup ce genre de roman sur fond historique. Ça m’a donné envie d’en connaître plus sur les conflits de ce coin du monde.
    S’agissant de l’histoire, elle m’a touchée et j’ai beaucoup apprécié l’écriture de l’auteur.

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