Poèmes choisis [E.E. Cummings]

Hello,

Après vous avoir parlé de poésie japonaise puis palestinienne, je vais maintenant vous parler de poésie américain puisque j’ai lu récemment une sélection de poèmes d’Edward Estlin Cummings.

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Le moins que l’on puisse dire est que les poèmes de Cummings ne sont ni les plus accessibles ni les plus fluides que l’on puisse lire. Leur forme fait leur particularité, de même que le langage d’e.e. cummings. L’auteur américain use en effet d’une liberté incroyable avec les mots, la forme et la ponctuation pour créer des poèmes très surprenants. Des parenthèses se glissent ainsi dans les poèmes sans logique apparente, les paragraphes sont (dés)organisés et hachés de façon apparemment arbitraire et l’auteur n’hésite pas à inventer des mots tels que “everyanything / toutén’importe”.

maintenant je t’aime et tu m’aimes

(et les livre sont plus clos

que les livres

peuvent l’être)

et profond dans le haut qui ne fait que tomber

(d’un cri

chacun

en rond tous nous allons)

il y a quelqu’un d’appelant qui est nous (p.191)

Je profite de cet extrait pour vous parler d’un autre aspect important de cette lecture. Comme je vous le disais plus haut, la langue de Cummings est unique de par sa ponctuation et parce qu’il invente lui-même de nombreux mots ; certains de ses poèmes m’étaient donc, pour être honnête, hyper obscurs. Je suis souvent restée de marbre face à certains textes, et j’avais franchement l’impression de passer complètement à côté et de ne pas les comprendre… jusqu’à ce que je jette un œil sur la page de gauche et sur les textes originaux, en anglais. J’ai mille fois plus apprécié ma lecture en lisant directement les poèmes en anglais et en m’aidant de la traduction française pour ce qui n’était pas clair. Ce que j’aurais du faire dès le départ, on est d’accord.

Cet élément m’a ainsi permis de me rendre compte du travail de traduction incroyable que les traducteurs doivent faire et notamment en poésie. Robert Davreu commence d’ailleurs sa préface ainsi : “E.E. Cummings a lui-même défini la poésie comme ce qui ne peut être traduit” avant d’annoncer qu’il s’est ainsi “confronté à l’intraduisible -y compris sans doute en anglo-américain- du poème-et-de-la-langue-Cummings- ; entreprise dont tous s’accordent à juger qu’elle est folle (et désespérée), mais précisément en ceci qu’elle pousse à l’extrême le paradoxe de l’essence même de la traduction, qui est que seul ce qui ne peut être traduit mérite finalement de l’être.” Voici par exemple la version originale de l’extrait que je vous ai proposé plus haut :

now i love you and you love me

(and books are shuter

than books

can be)

and deep in the high that does nothing but fall

(with a shout

each

around we go all)

there’s somebody calling who’s we (p.190)

Au final, malgré quelques difficultés de compréhension parfois, j’ai bien aimé découvrir la poésie de Cummings. Son style est (vous l’aurez compris) hyper original et créatif, et j’ai trouvé hyper amusant et challengant de m’attaquer à cela, de découvrir de nouveaux mots et de me laisser surprendre par la ponctuation. Je pense que Cummings est typiquement le genre de poète qu’il faut relire plusieurs fois et que l’on redécouvre à chaque lecture, aussi je suis absolument certaine de relire ce recueil dans les prochaines années ! Puisque ce sont des poèmes qu’il vaut peut-être mieux lire en anglais, je vous le conseille si vous aimez cette langue et si vous aimez les constructions littéraires originales et les jeux avec le langage. Si vous êtes curieux et avez envie de découvrir des poèmes qui sortent du lot, n’hésitez pas à découvrir e.e. cummings !

Connaissez-vous e.e. cummings ? Pensez-vous que sa poésie pourrait vous plaire ? Aimez-vous les jeux de ponctuation dans les textes ?

poemes choisis e e cummings“Si la poésie de Cummings a pu paraître en son temps d’avant-garde, elle ne résiste au temps que parce qu’elle est fermement ancrée, sans nul traditionalisme, dans cette tradition qui remonte à la plus haute antiquité, celle d’Orphée, éveillant tous les sens et animant toute la création par la vertu de son chant.
Je me suis donc, après d’autres, confronté à l’intraduisible – y compris sans doute en anglo-américain – du poème-et-de-la-langue-Cummings ; entreprise dont tous s’accordent à juger qu’elle est folle (et désespérée), mais précisément en ceci qu’elle pousse à l’extrême le paradoxe de l’essence même de la traduction, qui est que seul ce qui ne peut être traduit mérite finalement de l’être. Tout autre tentative de justification serait inutile, pour ne pas dire indécente.

Le choix des poèmes retenus correspond (à une exception près et quelques ajouts personnels arbitraires), à celui que le poète fit lui-même n 1958 pour le volume des Selected Poems (1923-1958), en respectant l’ordre non chronologique retenu par lui.” Robert Davreu

 

2 commentaires sur “Poèmes choisis [E.E. Cummings]

    1. Je n’y connais pas grand chose non plus, mais je me dis qu’il faut bien commencer quelque part, et qu’à force d’en lire je finirai peut-être par m’y connaître un peu mieux 😉

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