Pourquoi lire 1Q84 ?

Hello,

Souvenez-vous : lorsque je vous présentais 1984, je vous avouais par la même occasion que j’avais surtout lu l’oeuvre d’anticipation d’Orwell pour pouvoir, ensuite, me plonger dans 1Q84 de Murakami. Trois pavés et quelques mois plus tard, je peux enfin vous parler de la trilogie de l’auteur japonais : voici 7 raisons de lire 1Q84 !

D’une simplicité déconcertante, incroyablement épuré et dépouillé de tout artifice, le style de Murakami est fascinant. L’auteur fait preuve d’un talent incroyable pour narrer son histoire avec efficacité et émotion : le degré de précision de son langage est épatant, ses mots touchent juste et ont eu une résonance vraiment particulière en moi. C’est le style d’écriture le plus sophistiqué et le plus pur que je n’ai jamais lu. La poésie de son écriture est unique et donne naissance à des images magiques.

« De l’autre côté de la fenêtre, quelque chose, tout petit et noir, traversa le ciel à l’horizontale, très vite. Un oiseau peut-être. Ou peut-être l’âme de quelqu’un emportée aux confins du monde. » p.260

Aomamé et Tengo sont deux personnages qui n’ont a priori rien à voir l’un avec l’autre : tandis que l’une est une professeure de sport – et tueuse à gage à ses heures perdues, le second est un professeur de mathématiques qui se voit confier la réécriture d’un futur best-seller. Pourtant, suite à des événements aussi saugrenus qu’anodins, ils se retrouvent tous deux plongés dans un monde parallèle. Si cet univers est presque en tout point semblable à celui d’origine, ils savent qu’ils vivent désormais en marge du monde normal, et qu’ils ont mis le pied dans un engrenage plus fort qu’eux.
Si l’écriture de Murakami est selon moi la plus grande force de cette trilogie, l’intrigue n’est pourtant pas en reste : si certains peuvent trouver cette histoire étrange et déconcertante, voire sans queue ni tête, j’ai trouvé son côté énigmatique passionnant et très prenant. Avec ses airs de roman policier-thriller, l’histoire d’1Q84 est une histoire pleine de suspens et de tension.

Un de mes plus grands plaisirs de lectrice est de retrouver, dans un texte que j’aime, des références à d’autres œuvres que j’aime tout autant. Et j’ai été plutôt gâtée avec 1Q84 : si l’ombre de 1984 d’Orwell plane tout au long du récit, j’ai aussi croisé La Recherche du temps perdu de Proust, le film 2001, l’odyssée de l’espace de Kubrick et des passages de L’Île de Sakhaline de Tchekhov.

Le monde décrit par Haruki Murakami dans 1Q84 est étonnant et déstabilisant. Bien qu’il soit fortement ancré dans la réalité et qu’il ressemble à 98% à notre vie réelle, certains éléments du récit sont complètement inhabituels (l’existence de deux lunes, de chrysalides de l’air et de little people) et donnent une note très fantastique à l’histoire. Dès les premières pages du premier tome, je me suis sentie comme aspirée dans une nouvelle dimension, happée par un nouveau monde. Comme Aomamé, j’ai eu l’impression de pénétrer dans un univers parallèle et de douter de ma réalité.

« Fukaéri conserva encore le silence. Mais cette fois ce n’était pas un silence délibéré. Ce que la question de Tengo sous-tendait, elle était tout bonnement incapable de le saisir. Cette question ne pouvait pénétrer sa conscience. Elle dépassait ses limites, comme si elle était aspirée dans le néant à tout jamais. A la manière d’une sonde spatiale solitaire qui passe tout à côté de Pluton sans s’y poser. » p.142

Héroïques mais humains, humains mais héroïques ? J’ai hésité entre les deux formulations. Car Aomamé et Tengo sont deux personnages assez simples au premier abord. Leur existence est celle d’un bon nombre de personnes. De par leur caractère et certains traits de leur personnalité, ils sont pourtant héroïques : très intègres, ils partagent tous deux une droiture et une rigueur sans concession, ainsi qu’un sens de l’implication professionnelle très fort et une forte intolérance aux violences faites aux autres. De même, ils font tous les deux preuve de beaucoup de talent dans ce qu’ils entreprennent et donnent à chaque fois le meilleur d’eux mêmes. Intègres, ils ont enfin une forte sensibilité au monde qui les entourent et s’imposent ainsi comme des personnages hors du commun, auxquels on aimerait (et on pourrait presque) s’identifier, mais qui nous semblent pourtant bien différents de nous, plus accomplis.

1Q84 est aussi un livre qui parle des livres. Tengo ayant pour mission de réécrire un roman pour le sublimer et le rendre plus compréhensible, le thème de l’écriture est très présent dans la trilogie de Murakami -d’autant plus que la réécriture de ce roman est un élément déclencheur pour Tengo, qui décide alors de se lancer dans l’écriture de son propre roman. Et si le roman qu’écrivait alors Tengo était en fait… 1Q84 lui-même ? C’est ce que me laisse penser la fin du dernier tome, j’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la révélation finale de cette mise en abyme (dont on se doutait quand même un peu).

« Tengo s’étonna de ce que les mêmes phrases lues sur l’écran lui donnent une impression aussi différente lorsqu’elles étaient imprimées sur le papier. Les mots lui paraissaient tout autres, selon qu’il les avait écrits au crayon sur du papier ou qu’il les avait tapés sur le clavier. Il devait vérifier cela sous les deux angles. Il rebrancha l’appareil et rentra l’une après l’autre les corrections qu’il avait rédigées au crayon sur les pages imprimées. Puis il relut le nouveau texte sur l’écran. Pas mal, songea Tengo. Chaque phrase possédait un poids convenable, se lisait naturellement, sans à-coups. » p.132 

Si vous vous attendez à trouver des réponses exactes à vos questions dans 1Q84, vous faites fausse route. Murakami a le don de poser des questions, qu’elles soient naïves, existentielles, essentielles ou pratiques, mais ne nous donne pas forcément ses réponses ici. Pourquoi le monde est-il ainsi ? Les événements passés sont-ils surnaturels ? Qui sont les little people ? Sommes-nous seuls dans l’univers ? … Autant de questions que j’ai aussi comprises comme des opportunités, des chances de saisir un peu mieux le mystère de l’existence et du monde.

  
Entre l’an 1984 et le monde hypnotique de 1Q84, les ombres se reflètent et se confondent. Unies par un pacte secret, les existences de Tengo et d’Aomamé sont mystérieusement nouées au seuil de deux univers, de deux ères… Une odyssée initiatique qui embrasse fantastique, thriller et roman d’amour, composant l’oeuvre la plus ambitieuse de Murakami.

En quelques mots, si j’ai autant apprécié 1Q84 c’est notamment pour le mystère qui entoure cette histoire et qui contraste fortement avec la limpidité du texte, pour les questions soulevées par Murakami et toute la poésie qu’il a réussi à mettre dans cette trilogie. Si je comprends que l’on puisse être frustré de ne pas avoir des réponses à toutes nos questions, je pense que c’est aussi la force de ce texte. Je vous conseille donc vivement cette saga ! Connaissez vous Haruki Murakami ? Qu’est-ce qui vous plait ou vous déplaît chez cet auteur ? Avez-vous déjà lu ou envie de lire 1Q84 ?

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32 commentaires sur “Pourquoi lire 1Q84 ?

  1. J'avais déjà envie de le lire, mais là !
    Bon, je dois avouer que ca me fait un petit peur, mais l'envie de tester est plus forte ! En effet, ca a l'air très énigmatique et j'aime énormément l'intertextualite !

  2. Alala je n'ai jamais lu Murakami, c'est pas faute de regarder ses livres à chaque fois ET de savoir que ma meilleure amie adore cet auteur ! En plus, en fac d'Arts, on m'a tellement vendues les œuvres de Murakami que j'en lirais forcément une un jour ! Mais quand ? Je ne sais pas ! En tout cas,je commencerais pas par 1Q84 car c'est une longue trilogie et la réédition des poches ne me plait absolument pas -_- Je préférais tellement l'ancienne ! Et puis, pour commencer avec un auteur, ce n'est pas l'idéal ! Je commencerais plus par "les amants de Spoutnik" 🙂 Et Louise (schausette) adore aussi cet auteur dont "Kafka sur le rivage" est son préféré 😉 Je finirais par craquer 😉

  3. Rhaaaaaa je les avais en mains samedi dans une boutique de livres d'occasion … je ne sais pas pourquoi je ne les ai pas pris T_T Regrets, regrets, regrets! Ton article me donne trop trop envie maintenant! Ton édition est superbe en tout cas!

  4. Mmh ce roman me fait beaucoup hésiter. De Murakami, j'ai apprécié "Kafka sur le rivage", mais j'étais tout de même contente de le finir car je l'ai trouvé assez obscur, trop métaphysique. Mais cette trilogie, malgré son côté fantastique, à l'air plus concret, non?

  5. Quel bel hommage de cette trilogie ! Tu sais sacrément invité le lecteur curieux 🙂
    Pour ma part, je l'ai également dévorée rapidement mais ai été déçue par le troisième tome. C'est souvent le souci avec Murakami, je trouve. Il nous emballe, nous embarque et nous laisse parfois comme deux ronds de flanc à la fin, c'est dommage.
    Si tu ne l'as pas déjà lu, je te conseille "Kafka sur le rivage", tu seras aussi servie en matière d'univers étrange et merveilleux et de références culturelles classiques (comme le laisse imaginer le titre…)

  6. Très belle chronique qui m'a donné envie de découvrir cette trilogie. J'ai beaucoup entendu parler de cet auteur mais je n'ai pas encore eu le plaisir de découvrir sa plume… Je crois que ça ne saurait tarder ;-).

  7. Ton article est assez convaincant (malgré le fait que je préfère largement le qualificatif d' "hypnotique" à celui d' "hypnotisant" :p) mais j'ai abandonné ma lecture au milieu du premier tome.
    Je suis par ailleurs très friand de Murakami, c'était la première fois qu'il me décevait ainsi ! En tout cas si tu as adoré celui-ci tu devrais te délecter du reste de son oeuvre =)

  8. Je suis passée complètement à côté de cette trilogie… Je fais partie de ceux qui l'ont trouvé "sans queue ni tête", je n'ai jamais compris ce que venait faire les little people dans l'histoire. J'ai attendu le quatrième tome, tellement je n'ai pas pu concevoir que la fin du troisième soit une fin. Depuis, je n'ose plus lire Murakami alors que j'ai eu des très bons retour de Kafka sur le rivage par exemple…

  9. Merci beaucoup, ton compliment me fait très plaisir 🙂
    Je comprends que la fin puisse déconcerter et décevoir en un sens. Elle ne m'a pas dérangée, je ne m'attendais pas à avoir de vraie réponse, et je trouve le dénouement très juste, je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement.
    Merci pour ton conseil, je pense en effet que je ne vais pas trop tarder à lire Kafka sur le rivage ! Il sera probablement dans mes "must-read" de 2016 ^^ J'en ai entendu tellement de bien !

  10. Je n'ai pas (encore) lu Kafka sur le rivage donc difficile de comparer… Je trouve 1Q84 assez concret, mais il y a quand même quelques bonnes parties obscures et qui se passent d'explication. Je suis désolée, je ne peux pas bien te renseigner sur ce coup là, il faudrait que je lise Kafka sur le rivage avant :-/

  11. Tu peux sûrement encore trouver l'ancienne édition, non ? Je crois les avoir vus parfois en librairie (j'ai un doute maintenant…). C'est vrai que c'est peut-être un peu long pour commencer par un auteur, mais après ça dépend de ton rapport aux trilogies et aux pavés. Ca ne me dérange pas par exemple de découvrir un auteur par un gros pavé si je sens que ça en vaut la peine et que le livre "m'appelle". Je préfère au contraire commencer par les livres assez médiatisés de l'auteur, peu importe leur longueur.
    Je n'avais jamais entendu parler des Amants de Spoutnik, je vais aller voir ça 🙂 Kafka sur le rivage me fait quant à lui trèèèèès envie, j'en entends toujours parler en bien.

  12. Héhé, c'est déjà ça 😉 Je comprends que ça ne puisse pas plaire à tout le monde, ne te force pas si tu ne le sens pas ! Après, si tu as envie de changer et de découvrir quelque chose de nouveau, n'hésite pas.

  13. Yeah ! J'étais comme toi avant de le lire, j'avais un peu peur de ne pas aimer, que ça me soit trop étranger et trop abstrait, mais j'étais aussi hyyyper curieuse de le découvrir. Je pense sincèrement que ça peut te plaire !

  14. Merci 🙂 Ah dommage, qu'est-ce qui ne t'a pas plu dans ce premier tome ? Je pense que je vais me régaler à le découvrir en effet, j'ai pour l'instant très hâte de lire Kafka sur le rivage.

  15. Je comprends que ça puisse paraître complètement incongru ^^ Je n'ai pas d'explication à tout ce qui arrive non plus, mais ça ne me dérange pas d'avoir des parts d'ombres dans une lecture. Je pense qu'il faudra que je le relise un jour pour pouvoir vraiment bien m'approprier le livre et en saisir toutes les nuances et toute la logique. J'adore ces livres mystérieux, c'est quand j'ai envie de relire un livre que je sais qu'il m'a vraiment beaucoup plu et beaucoup marquée !
    Après, Murakami n'est peut-être pas un auteur fait pour toi… Tu peux peut-être réessayer avec un livre complètement différent sinon, comme son Autoportrait d'un coureur de fond ?

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