Ma Princesse de Clèves

Hello,

Il y a certains romans avec lesquels on a une histoire un peu particulière. On entretient avec eux une relation d’amour-haine, on les associe à des souvenirs particuliers, ils nous rappellent quelqu’un… La Princesse de Clèves fait partie de ces roman qui ont marqué ma vie de lectrice.

ma princesse_de_cleves_u lost control_4

La première fois que j’ai lu La Princesse de Clèves, j’avais 15 ans, j’étais en classe de première et c’était une de mes lectures imposées pour le baccalauréat de français. Malgré le fait que j’étais en section scientifique, j’aimais beaucoup lire et avais envie de découvrir autant de livres appartenant à mon corpus de textes étudiés que possible -c’est d’ailleurs à cette époque que j’ai découvert L’Ecume des jours, l’Antigone d’Anouilh et La Porte étroite.

Je n’avais jamais entendu parler de La Princesse de Clèves avant qu’on ne me le présente en classe. Je n’avais aucun a priori avant d’ouvrir ce livre -j’étais même plutôt curieuse de découvrir un nouvel auteur- mais je me suis pourtant vite rendue compte que cette lecture allait être très laborieuse. Le style précieux m’assommait, je me lassais vite de du style du XVIIe siècle, je n’étais pas du tout habituée à ces intrigues de Cour et étais encore moins familière avec le contexte historique du livre, le XVIe siècle. Malgré toute la bonne volonté du monde, ma difficulté à m’imprégner du roman ne me mettait pas dans de bonnes dispositions pour apprécier l’étude que j’allais en avoir ensuite en classe.

Il parut alors une beauté à la Cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l’on doit croire que c’était une beauté parfaite, puisqu’elle donna de l’admiration dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles personnes. (p.53-54)

ma princesse_de_cleves_u lost control_3

Au-delà de cette lecture laborieuse, c’est surtout des séances de cours sur ce livre dont je garde un mauvais souvenir. Je me souviens que l’étude du texte était très axée sur l’aspect historique du roman, sur le fait que l’auteure ait choisi pour décor la Cour du siècle précédent, sur la vraisemblance des personnages et sur la critique des personnages de la Cour. Pour être honnête, ces cours étaient très rébarbatifs et, dans une classe de scientifiques peu intéressés par les cours de français et dans laquelle j’étais une des seule à avoir lu le roman, je me suis très vite démotivée et me suis ralliée à la majorité en disant que La Princesse de Clèves était le roman le plus ennuyant au monde. Et puis, cerise sur le gâteau, j’ai eu une très mauvaise note au contrôle de lecture sur ce livre (un beau 7/20 si mes souvenirs sont bons) alors, vexée, j’ai décidé de bannir ce livre de ma vie (dramatique à l’extrême) et de prier pour ne pas tomber dessus à l’oral du bac.

Madame de Chartres, qui avait eu tant d’application pour inspirer la vertu à sa fille, ne discontinua pas de prendre les mêmes soins dans un lieu où ils étaient si nécessaires et où il y avait tant d’exemples si dangereux. L’ambition et la galanterie étaient l’âme de cette Cour, et occupaient également les hommes et les femmes. (p.59)

Je ne vous raconte donc pas ma tête quand, un an et demi plus tard, j’ai reçu un courrier de la prépa où j’allais à la rentrée suivante et que j’ai vu que La Princesse de Clèves était au programme du premier trimestre. J’étais limite à deux doigts de changer d’orientation. Evidemment, je n’ai pas relu le livre de Madame de Lafayette avant de le réétudier (j’avais eu ma dose).

ma princesse_de_cleves_u lost control_6

Mais contre toute attente, en étudiant ce roman une seconde fois, j’ai redécouvert l’histoire de Mademoiselle de Chartres. Ma prof de littérature a mis en évidence des aspects différents du roman, elle a mis l’accent sur la construction du personnage romanesque plus que sur le contexte historique, elle nous a invités à nous intéresser à des scènes différentes -je me souviens avoir pas mal rigolé quand on m’expliquait la scène des rubans dans le cabinet- bref, cette professeure a complètement réinventé La Princesse de Clèves à mes yeux et, en plus de me montrer l’importance de ce texte dans “l’histoire du roman” et de m’expliquer l’intérêt des récits enchâssés, elle m’a prouvé que c’était aussi un roman passionnant et qu’on pouvait prendre beaucoup de plaisir à le lire.

Madame de Clèves vécut d’une sorte qui ne laissa pas d’apparence qu’elle pût jamais revenir ; elle passait une partie de l’année dans cette maison religieuse et l’autre chez elle, mais dans une retraite et dans des occupations plus saintes que les des couvents les plus austères ; et sa vie, qui fut assez courte, laissa des exemples de vertu inimitables.

En étudiant ce roman une deuxième fois, j’ai pu me rendre compte que La Princesse de Clèves n’était pas seulement la reconstitution historique du XVIe siècle mais nous parlait surtout de sentiments universels et humains en mettant en scène une héroïne avec un caractère fort. J’y ai tout simplement trouvé ce que j’aime dans la littérature. J’ai finalement relu La Princesse de Clèves une fois que mes cours à son sujet étaient terminés et, même si certains passages m’ont quand même un peu lassée, j’ai redécouvert les personnages et me suis prise au jeu de l’intrigue, bref : j’ai beaucoup apprécié ma lecture et j’ai enfin pu m’approprier le roman de Madame de Lafayette.

ma princesse_de_cleves_u lost control_8

J’étais sans aucun doute trop jeune et pas assez mature la première fois que j’ai eu La Princesse de Clèves entre les mains. Si je suis d’abord tombée sur une professeure qui n’a pas su retenir mon attention sur ce livre, j’ai surtout eu la chance d’étudier ce roman une deuxième fois avec une prof passionnante, qui m’a permis de porter un nouveau regard sur le roman de Madame de Lafayette, de le comprendre et de l’apprécier.

Avez-vous changé d’avis sur un livre après une seconde lecture ? Y a-t-il un livre que vous avez étudié en classe et que vous avez d’abord détesté puis adoré ? Pensez-vous qu’un professeur peut faire la différence ? Avez-vous déjà lu La Princesse de Clèves ?

Vous aimerez peut-être aussi

20 commentaires sur “Ma Princesse de Clèves

  1. Ce livre trône sur ma table de chevet depuis…plusieurs mois. J’ai eu la mauvaise idée de le commencer un soir où j’étais crevée, je me suis endormie dessus. Il faut vraiment s’accrocher dès la première page. Je crois qu’il faudrait surtout que je me renseigne un minimum sur le contexte historique avant de m’y replonger. Ton article m’a donné envie de persévérer en tout cas 😉

    1. Je comprends, je pense qu’il vaut mieux avoir un petit temps calme devant soi pour bien s’habituer au style. C’est un livre qui vaut le coup qu’on lui donne une seconde chance en tout cas, c’est un monument dans l’histoire du roman et au-delà de ça, l’histoire est passionnante. Quand on pense à cette femme qui s’accroche à ses principes moraux même si toutes les conditions sont réunies pour qu’elle s’accorde le droit d’être heureuse, c’est dingue !

    2. Ne te laisse pas décourager par les premières pages… Le portrait de la Cour est assez ennuyeux, mais le reste en vaut la peine ! Saute quelques pages au pire des cas, non ce n’est pas un sacrilège 😉

        1. Je te comprends, je ressens de plus en plus le besoin de relire des bouquins que j’avais lus quand j’étais plus jeune, je suis sûre que je les comprendrais différemment.

  2. Tout comme toi je l’ai lu pour mon bac de français il y a quelques années maintenant, je l’ai aimé tout de suite parce que j’aime bien les histoires se situant à cette époque, et puis ma prof avait eu une très belle approche (d’ailleurs elle était super cette prof!)! Et en plus j’avait eu la chance de tomber dessus pour mon oral, c’était top. J’ai récemment visionné le film qui en 2 parties et il était tout aussi bien!

    1. C’est trop chouette ça, c’est un trop bon souvenir ! Pour le coup, j’étais quant à moi très contente de ne pas être tombée dessus au bac… Jusqu’à ce que je le redécouvre et le réétudie une seconde fois, ça a vraiment été une plaie ce roman, un très mauvais souvenir. C’est top que ta prof ait su t’intéresser dès le départ 🙂

  3. C’est également un roman que j’avais dû lire dans le cadre de mes études (au lycée et à la fac) et que j’ai adoré, une fois que l’on passe la première partie trop historique^^.

    1. Je suis contente de voir que certains l’ont adoré même en l’ayant étudié au lycée ! Je ne me souviens pas d’une seule personne qui l’avait aimé en première, c’est triste :-/

        1. Top, je vais essayer de suivre tes chroniques plus régulièrement pour la voir, mais n’hésite pas à venir me redonner ton lien quand (si tu en fais une chronique), ou à me l’envoyer par mail 🙂 Bises

  4. Je l’ai étudié à la fac cette année et j’ai adoré, malgré l’éternel débat sur les quatre digressions (utiles ou inutiles ?) qui m’ont un peu lassée. Mais effectivement, je pense que l’aborder au lycée est un peu prématuré. Je l’aurais lu à cette époque, j’en aurais surement été dégoutée…

    1. Je pense en effet que le faire étudier au lycée, à une classe de scientifiques qui plus est, n’était pas forcément la meilleure option. Je me souviens avoir étudié Rhinocéros aussi cette année qui était beaucoup mieux passé dans la classe ^^
      Avec du recul, je suis hyper contente d’avoir eu l’opportunité de le réétudier quelques années plus tard, j’aurais eu une très mauvaise opinion de ce roman sinon.

  5. Je l’ai aussi lu en prépa figure toi ! Et j’avais aussi un prof dont je buvais les paroles et qui avait rendu ça très attrayant… Il jouait sur le fait que Sarkozy l’avait en horreur et il voulait montrer (à un public restreints d’hypokhâgneux certes), qu’étudier ce livre avait un intérêt certain.
    Mais je pense sans aucun doute que je l’aurais détesté au lycée. Je me souviens qu’en seconde, je n’avais pas réussi à lire Phèdre, et j’avais détesté ce livre au possible. Ce n’est toujours pas ma tragédie racinienne préférée, je pense que mes cours de seconde ont aussi laissé des traces (même si ma prof était géniale, mais je n’avais pas la maturité nécessaire). Quoi qu’il en soit, j’ai redécouvert les tragédies en hypo, et j’en ai lu des dizaines…avec plaisir !

    1. Quand tu parles de maturité, je pense à Le Rouge et le Noir de Stendhal que j’avais lu en première et, même si je l’avais plutôt bien aimé, j’avais vraiment senti que c’était trop tôt pour le lire. Il faudrait que je le relise maintenant. C’est vrai je me souviens de cet épisode Sarkozy, on en parlait aussi, haha !

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée.Les champs requis sont indiqués *