Un roman, une BD #4 : Le Vieil homme et la mer

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J’ai lu pour la première fois Le Vieil homme et la mer il y a quelques années -malheureusement, je n’avais pas accroché à la plume d’Hemingway et avait été très peu touchée par cette histoire que je trouvais trop métaphorique à mon goût. Après avoir découvert l’existence de son adaptation en bande-dessinée, je me suis dit que c’était l’occasion de la relire et éventuellement de changer l’opinion que je m’étais faite de ce livre.

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Avec Le Vieil homme et la mer, Hemingway nous propose de passer quelques jours dans la peau de Santiago, un pêcheur cubain. Cela fait 84 jours maintenant qu’il n’a plus de veine, que tous les jours il part en mer sur sa modeste barque et en revient bredouille. A l’aube de ce quatre-vingt cinquième jour, il décide de partir aux aurores et de pousser son embarcation plus loin encore que les autres fois : il sait que son poisson l’attend quelque part, et est déterminé à aller le chercher aussi loin qu’il le faudra.

Si le poisson mord rapidement à l’hameçon, il luttera en revanche contre le pêcheur pendant plusieurs jours, traînera la barque du vieil homme sur plusieurs kilomètres pour essayer d’échapper à sa mort. Il s’agit donc d’une véritable lutte à mort entre Santiago et le poisson que nous présente Hemingway -à l’issue de laquelle un seul d’entre eux sortira vivant. Après avoir passé plusieurs jours et plusieurs nuits en pleine mer, seul et fatigué, dans quelle mesure Santiago et le poisson sont-ils distincts l’un de l’autre ? Dans quelle mesure cette lutte les rapproche et les unit-elle ? Le Vieil homme et la mer est une fable riche en symboles qui met la dignité humaine et l’humilité au cœur de l’action.

« Il embrassa a mer d’un regard et se rendit compte de l’infinie solitude où il se trouvait. Toutefois il continuait à apercevoir des prismes dans les profondeurs ténébreuses. La ligne s’étirait à la proue ; d’étranges ondulations parcouraient l’eau calme. Les nuages se portaient à la rencontre des alizés. En avant de la barque, un vol de canards sauvages se découpait contre le ciel ; il disparut, puis reparut, et le vieux sut que nul n’est jamais complètement seul en mer. » (p.71)

Le roman d’Hemingway est très court -tellement court d’ailleurs (155 pages) qu’il pourrait être considéré comme une nouvelle. On retrouve ainsi tous les éléments du roman dans la bande-dessinée, et on n’est pas frustrés de ne pas retrouver un passage phare ou de voir que l’auteur a coupé certaines scènes. Au contraire, j’ai trouvé que Thierry Murat prenait quelques libertés bien senties dans l’écriture. Si le narrateur du roman original est externe, c’est en revanche le petit garçon, apprenti et presque-petit-fils de Santiago, qui narre les aventures du vieil homme à Hemingway en personne dans la bande-dessinée de Thierry Murat ; cela donne d’ailleurs un côté beaucoup plus intime à l’histoire, plus émouvant peut-être aussi.

« Le poisson aussi est mon ami, dit-il tout haut. J’ai jamais vu un poisson pareil : j’ai jamais entendu parler d’un poisson comme ça. Pourtant faut que je le tue. Heureusement qu’on n’est pas obligé de tuer les étoiles ! » (p.90)

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J’ai beaucoup aimé l’adaptation de Thierry Murat et l’ai trouvée très juste. Si le style graphique me faisait un peu peur au début, j’ai finalement trouvé les dessins magnifiques et la coloration sublime. Si la palette de couleurs utilisée est assez restreinte, Thierry Murat utilise en revanche une multitude de nuances pour chaque couleurs, bref : certaines scènes sont tout simplement magiques (certains levers de soleils par exemple). La typographie utilisée est très pertinente également puisqu’elle n’est pas sans faire penser à celle d’une machine à écrire, elle donne ainsi une touche vintage et authentique à l’histoire, et beaucoup de charme.

« Il avait choisi de rester dans les eaux profondes, dans le noir, loin des hameçons, loin des traîtres. Et puis voilà que moi j’ai choisi d’aller le chercher tout là-bas dans le fond, plus loin que tous les poissons du monde. Maintenant lui et moi on est uni. Depuis le milieu du jour on est accroché ensemble. Et personne peut nous aider, ni lui, ni moi. » (p.58)

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Alors après cette relecture, mon avis-a-t-il changé ? Oui et non. L’écriture d’Hemingway ne fait pas partie de mes préférées et l’histoire de Santiago racontée par l’auteur américain ne parvient pas à me toucher outre-mesure. En revanche, cette relecture doublée de la lecture de la BD m’a énormément aidé à mieux comprendre cette histoire et à me l’approprier. Je dois admettre que j’ai largement préféré la bande-dessinée au roman, je l’ai trouvée beaucoup plus poétique et percutante. Tandis que les moments de silences et les passages lents d’Hemingway avaient tendance à me faire décrocher, les grands aplats de couleur et les cases épurées de Thierry Murat ont eu beaucoup plus d’impact sur moi, je les ai trouvés beaucoup plus efficaces.

Au final, même si ce serait dommage de délaisser le roman d’Hemingway (surtout qu’il est tout petit !), c’est selon moi tout à fait possible de ne lire que la bande-dessinée de Thierry Murat. J’aurais même presque tendance à ne vous recommander qu’elle si comme moi vous n’êtes pas fan de littérature américaine et d’Hemingway. On trouve dans la BD l’essentiel (et plus encore) qui nous permet d’appréhender l’histoire de Santiago et de comprendre les problématiques abordées par Hemingway à l’origine. Et surtout, les dessins de Murat sont tellement sublimes qu’il serait dommage de passer à côté !

Avez-vous lu Le Vieil homme et la mer d’Hemingway ? Pensez-vous qu’une seconde lecture ou que la lecture de l’adaptation en bande-dessinée puisse aider à mieux comprendre une oeuvre, ou au contraire pensez-vous qu’il y ait certains livres qu’on ne comprendra jamais complètement ?

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6 commentaires sur “Un roman, une BD #4 : Le Vieil homme et la mer

  1. Livre lu il y a quelques mois et j’avais plutôt bien apprécié. En tout cas, cela m’avait donné envie de lire d’autres livres de l’auteur… Ce que je n’ai toujours pas fait. L’adaptation BD a l’air bien sympa, si j’en ai l’occasion, je la lirai avec plaisir 🙂

    1. Contrairement à toi je ne suis pas trop curieuse d’Hemingway, même si cette seconde lecture m’a un peu “réconciliée” avec l’auteur.
      La BD est tout simplement géniale, je te la conseille mille fois !

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