Un tramway nommé désir [Tennessee Williams]

Hello,

J’ai lu la semaine dernière, en lecture commune avec Noëlline du blog et de la chaîne youtube La pause librairie, un classique de la littérature américaine : Un tramway nommé désir de Tennessee Williams.

Kowalski, « forgeron » en polonais, est un ouvrier et joueur de poker imposant par sa virilité et sa musculature. Tout l’inverse de Blanche Du Bois, aristocrate qui incarne l’élégance et la douceur des riches familles des états du sud des Etats-Unis. Tandis que Stanley hait la prétention de sa belle-sœur, cette dernière méprise le deux-pièces minable du quartier populaire qu’habitent sa sœur et son mari. Les tensions entre ces deux caractères diamétralement opposées sont inévitables, même Stella ne parviendra pas à les apaiser.
Stanley, avec son instinct masculin, bestial et sexuel, représente la « nouvelle société » de La Nouvelle Orléans, celle ouvrière et populaire qui a succédé aux riches aristocrates dont fait partie Blanche. Si Stella s’est laissée séduire par la sensualité de Stanley, Blanche tient à conserver son statut de « dame » noble et pure et souffre de voir son statut tomber ainsi dans l’indifférence. Finalement, ce tramway présent tout au long de la pièce, qui empêche parfois certains personnages de parler tant son bruit est fort, symbolise la déchéance de la classe et du statut de Blanche, l’évolution de la société américaine avec l’essor de la classe ouvrière. En le prenant pour aller chez sa sœur, Blanche s’est elle-même menée jusqu’à sa perte. Comment va-t-elle se défendre face au géant de fer ? Le duel semble quasiment perdu d’avance – d’autant plus que Stanley ne reculera devant rien pour découvrir la vérité sur la présence de sa belle-sœur : comment a-t-elle perdu Belle-Rêve ? Que faisait-elle avant de venir les rejoindre ? Stanley va mener l’enquête et n’hésitera pas une seule seconde à anéantir la réputation de Blanche.
Si la pièce de Tennessee Williams est assez facile à lire, je l’ai trouvée beaucoup plus difficile à cerner. Il m’a en effet fallu m’aider de lectures complémentaires sur le net pour mieux comprendre les problématiques soulevées dans cette pièce, les symboliques utilisées et surtout le caractère des personnages. Pendant longtemps je n’ai pas su sur quel pied danser avec les personnages, en particulier avec Blanche ! Si elle paraît assez niaises dans les dialogues et dans son comportement, les didascalies la décrivent pourtant comme une femme plus complexe et intéressante qu’il n’y parait : « L’important est de caractériser  Blanche : c’est-à-dire de suggérer sa vie intérieure intense qui en fait une personne douée de grandeur et de poésie, tandis qu’elle n’apparaît extérieurement que superficielle. » didascalies p.113, acte II scène 1. Même une fois le livre terminé, je ne savais toujours pas quoi comment la comprendre – et par conséquent, je ne savais pas non plus que penser des événements et du dénouement de la pièce.
Était-ce un viol ? Je vous avoue que je ne l’avais pas considéré comme tel avant de lire des articles complémentaires ; mais la pièce prend plus de sens avec ce regard -même si j’ai toujours du mal à choisir entre la Blanche « aristocrate déchue » et « institutrice quasiment prostituée ».
Au milieu de toutes ces confusions, j’ai eu du mal à savoir quel était le « message » (s’il y en a) de la pièce, ce que voulait nous faire passer Tennessee Williams – se positionne-t-il en faveur de Blanche ou de Stanley ? « De quel côté » est-il ? Je pense que chacun doit arriver à répondre à cette question de manière personnelle. Tennessee Williams nous propose ici un livre à 100% sans idée reçue, sans message tout fait ni morale accusatrice. Moi qui, juste après ma lecture, étais restée assez sceptique face à l’histoire, quelques recherches et lectures complémentaires ont fini par me faire changer totalement d’avis ! Au final, Un tramway nommé désir est une très belle surprise, une lecture que je n’oublierai pas de sitôt tant ses personnages sont déstabilisants et son dénouement intéressant, et que je pourrais synthétiser par la réplique de Blanche (p.180, acte III, scène 3) : « Je ne veux pas de réalisme. Je veux de la féerie. » Quelle réalité est-on prêt à accepter ? Celle qui nous est imposée ou celle dans laquelle on peut vivre ?

Cette très belle pièce de théâtre, histoire d’un rapport de force entre deux classes à travers l’opposition de deux personnages, est à mettre entre toutes les mains – en particulier dans celles des fans de théâtre ou de littérature américaine. L’avez-vous lue ? Avez-vous vu le film d’Elia Kazan avec Marlon Brando ? Et vous, avez-vous parfois besoin de lectures complémentaires pour mieux comprendre et mieux apprécier un texte ?

Dans un appartement minable de La Nouvelle-Orléans, Stella Du Bois, descendante d’une vieille famille aristocratique, vit avec son mari Stanley Kowalsky, un Polonais pour les beaux yeux duquel elle a abandonné la plantation familiale. Survient Blanche, la soeur de Stella : une créature de feu et de chair. Ce ménage à trois diabolique a fait le triomphe que l’on sait dans le monde entier de la plus célèbre des pièces de Tennessee Williams, adaptée à l’écran avec Marlon Brando et Vivien Leigh.

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4 commentaires sur “Un tramway nommé désir [Tennessee Williams]

  1. Je ne connais Tennesse Williams que de nom. Je sais à peu dans les grandes lignes de quoi traite '' La Ménagerie de verre'' et tout comme toi, ça me paressait très complexe, surtout dans les personnages.
    La question que tu soulèves : ''Quelle réalité est-on prêt à accepter ? Celle qui nous est imposée ou celle dans laquelle on peut vivre ?'' est très interessante, et me rappelle 'Madame Bovary' ( peut être n'y -a t -il aucun rapport ! )
    En tout cas, il est certain que je lirai un jour une des pièces de Williams, sans doute avec des lectures complémentaires !

  2. Je ne le connaissais que de nom avant cette lecture aussi, que j'appréhendais d'ailleurs puisque je ne suis pas fana de littérature américaine. Je vais peut-être continuer à découvrir cet auteur avec La Chatte sur un toit brûlant…
    C'est vrai que sur cette thématique là, on pourrait éventuellement comparer le livre à Madame Bovary ! Si Emma vit dans ses romans, Blanche pourrait vivre à une autre époque. Et la fin de Un tramway nommé désir pourrait être une alternative de la fin de Madame Bovary, comme pour montrer deux façons différentes que pourraient avec les héroïnes de "finir" quand elles ne vivent pas dans leur réalité ! A voir, héhé ! Après, sur le fond c'est assez différent mais les deux personnages sont assez similaires en fait… ils sont agaçants mais nous font pitié, par exemple !

    J'espère que tu aimeras ta découverte de Tennessee Williams, tiens moi au courant 🙂 Bises

  3. Je ne le connaissais pas du tout non plus avant. Je suis assez curieuse de découvrir La Chatte sur un toit brûlant maintenant ! J'espère que tu auras l'occasion de découvrir l'auteur 🙂 Bises

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