Les Vies de papier [Rabih Alameddine] #RL2016

Faisons maintenant un petit détour par le Liban à l’occasion de cette rentrée littéraire, avec le roman Les Vies de papier de Rabih Alameddine.

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Les Vies de papier, c’est l’histoire d’Aaliya, une vieille femme amoureuse de la littérature, rebelle dans l’âme et qui se retrouve, à cause d’un malheureux dosage, avec les cheveux bleus. Le temps des quelques centaines de pages de ce livre, elle revient sur ses souvenirs, les gens qu’elle a connus et aimés, la façon dont elle a été éduquée et la façon dont elle a vécu. On découvre sa passion pour la littérature et pour la traduction, ses manie de traductrice, les manuscrits qui s’accumulent dans toutes les pièces de son appartement, le mari qu’on lui a imposé et les traditions contre lesquelles elle s’est souvent rebellée. Emma Bovary désabusée, Aaliya est une femme au caractère bien trempée et qui ne se prive pas d’embarquer le lecteur où bon lui semble.

Des livres dans des cartons – des cartons remplis de papier, des feuilles volantes de traduction. C’est ma vie. Je me suis depuis bien longtemps abandonnée au plaisir aveugle de l’écrit. La littérature est mon bac à sable. J’y joue, j’y construis mes fort et mes châteaux, j’y passe un temps merveilleux. C’est le monde à l’extérieur de mon bac à sable qui me pose problème. Je me suis adaptée avec docilité, quoique de manière non conventionnelle, au monde visible, afin de pouvoir me retirer sans grands désagréments dans mon monde intérieur de livres. Pour filer cette métaphore sableuse, si la littérature est mon bac à sable, alors le monde réel est mon sablier – un sablier qui s’écroule grain par grain. La littérature m’apporte la vie, et la vie me tue. Enfin, la vie tue tout le monde.

Comme le dit si bien le résumé, Les Vies de papier est  “une véritable déclaration d’amour à la littérature”, un beau voyage qui emportera facilement le lecteur passionné et qui séduira tous les adeptes des jolies phrases. Les Vies de papier, c’est aussi un beau voyage en plein cœur de Beyrouth -ville que j’aime de plus en plus à chaque fois que je la découvre dans un nouveau roman, soit dit en passant. On se balade avec Aaliya à travers de la rue de la ville qui a évolué sous ses yeux. Avec son histoire et celle de sa famille, c’est l’histoire de Beyrouth et du Liban qui défile aussi sous ses yeux.

Mes livres me racontent ce que c’est de vivre dans un pays fiable où, lorsqu’on appuie sur l’interrupteur, une ampoule s’allume et reste allumée, où l’on sait que les voitures s’arrêteront aux feux rouges et que les feux tricolores ne cesseront pas de fonctionner deux fois par jour. Qu’est-ce que ça fait lorsqu’un plombier se présente à l’heure convenue, lorsqu’il se présente tout court ? Qu’est-ce que ça fait de savoir que quand une personne dit qu’elle fera quelque chose à une date donnée, elle le fera effectivement ?

Oui, le style est délicieux, le personnage d’Aaliya extraordinaire et les descriptions de Beyrouth ont achevé de me convaincre… mais au-delà de ces éléments, force est de constater que Les Vies de papier est assez léger. L’intrigue est inexistante et tout cela devient finalement très répétitif –au risque d’être lassant. La psychologie du personnage n’est malheureusement pas très poussée, et c’est d’autant plus fâcheux qu’aucun personnage secondaire ne vient vraiment compenser cela. C’est pourtant un livre que j’ai aimé, mais pour des raisons très personnelles : mon intérêt pour la littérature arabe et les intrigues qui se déroulent au Liban, ma passion pour la littérature et “les livres qui parlent de livres”… Si vous ne partagez pas ces intérêts-là et que vous vous lassez vite des personnages caractériels, Les Vies de papier n’est pas forcément le livre qu’il vous faut.

Avez-vous entendu parler de ce roman ? Pensez-vous qu’il pourrait vous plaire ?

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Aaliya Saleh, 72 ans, les cheveux bleus, a toujours refusé les carcans imposés par la société libanaise. À l’ombre des murs anciens de son appartement, elle s’apprête pour son rituel préféré. Chaque année, le 1er janvier, après avoir allumé deux bougies pour Walter Benjamin, cette femme irrévérencieuse et un brin obsessionnelle commence à traduire en arabe l’une des oeuvres de ses romanciers préférés : Kafka, Pessoa ou Nabokov.
À la fois refuge et « plaisir aveugle », la littérature est l’air qu’elle respire, celui qui la fait vibrer comme cet opus de Chopin qu’elle ne cesse d’écouter. C’est eentourée de livres, de cartons remplis de papiers, de feuilles volantes de ses traductions qu’Aaliya se sent vivante.
Cheminant dans les rues, Aaliya se souvient ; de l’odeur de sa librairie, des conversations avec son amie Hannah, de ses lectures à la lueur de la bougie tandis que la guerre faisait rage, de la ville en feu, de l’imprévisibilité de Beyrouth.

Roman éblouissant à l’érudition joueuse, célébrant la beauté et la détresse de Beyrouth, Les Vies de papier est une véritable déclaration d’amour à la littérature.

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12 commentaires sur “Les Vies de papier [Rabih Alameddine] #RL2016

  1. Je l’avais repéré parmi les parutions annoncées des Escales pour la rentrée littéraires au début de l’été… Et depuis j’ai toujours autant envie de le lire ! (tu me tentes trop en ce moment).
    Le pitch me donnait très envie et tes citations ont achevé de me convaincre…

    1. Franchement il est très mignon, ce n’est pas “le” livre de la rentrée mais il y a un tel amour des livres là-dedans que c’est impossible de ne pas AU MOINS en apprécier quelques passages 😉

    1. Oh trop chouette 🙂 N’hésite pas à revenir me donner le lien de ta chronique quand tu l’auras lu, j’aimerais bien lire ton avis 🙂 Et je te souhaite une bonne lecture du coup !

  2. Découvert grâce à l’une des tes publications sur FB ou IG. Comme toi, je suis dans un cycle de littérature Arabe, je te conseille vivement Le quatrième mur de Sorj Chalandon (même si ici l’auteur est francais), l’histoire se passe à Beyrouth.

    1. Ouiii, j’avais adoré Le Quatrième mur, qu’est-ce qu’il est bien ce livre !! Je te rejoins complètement 🙂 Sinon il y a toutes les bandes-dessinées de Zeina Abirached qui s’y passent aussi, et qui sont magnifiques <3

  3. Olalala je ne sais pas trop.. Je suis comme toi une amoureuse des romans qui parle de littérature, une amoureuse de pays du Moyen-Orient/ Proche-Orient.. Mais de là à laisser passer une intrigue inexistante, répétive, presque lassante, un personnage pas vraiment aboutit.. Je sais pas trop. D’un autre côté, j’ai bien envie de ce beau voyage en plein cœur de Beyrouth à défaut d’y voyager IRL. Je le note dans ma WishList. Te dirais si je craque 😉

  4. Je n’avais pas entendu parlé de ce roman jusqu’à maintenant. Il m’intrigue, il a l’air très bien écrit. Je fais partie de ceux qui aime lire des livres qui parlent de livres. Je pense donc que je me le procurerai un jour, en espérant ne pas être trop déçue par ce côté répétitif dont tu parles. Je reste curieuse, à voir :).

    1. Il a obtenu le prix Femina étranger depuis, est-ce que tu t’es motivée à le lire finalement ? Objectivement, ce n’est pas un roman transcendant mais il n’empêche qu’on passe un excellent moment en sa compagnie !

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