Le Voyage d’Octavio [Miguel Bonnefoy]

En tant que fan de Zweig, j’apprécie particulièrement les histoires courtes dans lesquelles les auteurs parviennent à transmettre un maximum d’émotion et à relater des récits complets avec concision et en peu de pages. Autant vous dire qu’avez ses 126 pages et et son étiquette “littérature sud-américaine”, Le Voyage d’Octavio de Miguel Bonnefoy était donc bien parti pour me plaire.

Octavio est analphabète. Il vit grâce à des petits boulots qui lui permettent de subvenir à ses besoins tout en cachant aux autres le fait qu’il ne sache ni lire ni écrire. Il mène finalement une vie simple, presque monotone – du moins jusqu’à ce qu’il rencontre Venezuela, qui va lui apprendre à lire, à écrire, et va réveiller en lui des émotions qu’il ne pensait plus pouvoir ressentir. C’est ainsi que commence Le Voyage d’Octavio : comme un roman d’amour porté par un personnage candide et attachant.

Octavio écoutait, le regard dans le vague, le cœur livré. Il lui posait parfois une question courte et son visage se refermait aussitôt. Dans la voix de cette femme, tout avait pour lui un écho différent, une résonance qui lui était encore étrangère. Elle répondait avec des airs enjoués, prenant un plaisir à s’offrir cette folie de marcher bras dessus bras dessous, avec un inconnu, illettré, sur les trottoirs du centre-ville. C’était pour elle une façon de défier le monde, sans pour autant le refuser. Et bien que tous deux eussent dépassé l’âge des ardeurs, ils sentaient confusément chez l’autre renaître l’étincelle des premières émotions. Ensemble dans cette ivresse, tous deux s’y noyaient à leur manière. L’un remplissait son imagination, l’autre dépeuplait son vide. (p.35)

L’histoire se gâte pourtant lorsqu’Octavio, également membre d’un gang mené par Rutilio Guerra, est impliqué dans le cambriolage de l’appartement de son amie Venezuela. Honteux et confus, il quitte son village natal et part à la découverte des paysages de son pays.

Le Voyage d’Octavio se mue alors en un roman initiatique, un roman d’apprentissage au cours duquel Octavio va rencontrer des personnages qui vont le faire grandir, lui enseigner la patience et la persévérance. Si le héros est toujours aussi attachant et continue à nous émouvoir, il devient de même impressionnant et force le respect. Octavio renaît presque à force de s’éveiller au monde et de s’entourer de nouvelles rencontres.

Tout le monde savait qu’il venait de loin et que sa patrie était dans une infinité de villes vite quittées. (p.42)

Un texte concis, une langue chantante, poétique, lumineuse, simple et rythmée avec un petit quelque chose de merveilleux : j’ai été conquise par le style de Miguel Bonnefoy. J’ai également aimé son personnage principal, Octavio, ainsi que l’intrigue onirique et envoûtante de ce roman. Bref, ce serait un sans faute si la fin ne m’avait pas laissé un goût d’inachevé et de trop peu. Le problème avec les romans courts quand ils éveillent tant d’émotion en nous, c’est qu’on se prend tellement d’affection pour eux que ça fait de la peine de les refermer. Le Voyage d’Octavio est presque un coup de cœur, et Miguel Bonnefoy est un auteur que j’inscris dorénavant sur ma liste-des-auteurs-à-suivre. Un sublime roman que je vous souhaite vivement de découvrir !

Il pensa à Venezuela. Il pensa que la littérature ne pouvait pas ressembler à cette image éloignée des femmes. La littérature devait tenir la plume comme une épée, mêlée à l’immense et tumultueuse communauté des hommes, dans une lutte obstinée pour défendre le droit de nommer, pétrie dans la même glaise, dans la même fange, dans la même absurdité que ceux qui la servent. Elle devait avoir les cheveux détachés, de l’héroïsme et des déchirures, une machette à la ceinture ou une escopette à l’épaule. La littérature devait aussi bien représenter ceux qui ne la lisent pas, pour exister comme l’air et comme l’eau, et toujours autrement. (p.58)

Les tribulations épiques d’Octavio, un paysan analphabète vénézuélien qui va se réapproprier son passé et celui de son pays, grâce à Alberto Perezzo, un médecin de village, et surtout grâce à la belle Venezuela, qui va lui apprendre à écrire. Mais le destin voudra qu’il soit enrôlé par la bande de brigands “chevaleresques” du charismatique Guerrero, qui organisera un cambriolage précisément au domicile de sa bien-aimée Venezuela…

Vous connaissez Miguel Bonnefoy ? Avez-vous lu ce roman ? Est-ce qu’il pourrait vous plaire ?

Vous aimerez peut-être aussi

15 commentaires sur “Le Voyage d’Octavio [Miguel Bonnefoy]

  1. J’ai très très envie de découvrir le livre que tu présentes, tu en parles si bien et les passages que tu mets me parlent énormément, j’ai juste très envie de le découvrir maintenant !

  2. Hé bien j’ai découvert le nom de Miguel Bonnefoy aujourd’hui même en regardant la sélection Booknode de la rentrée littéraire 2017 ! Son nom de famille m’avait interpellé parce que j’ai de suite pensé à Yves Bonnefoy, mais bref, du coup son second roman “Sucre noir” sort le 16 août si tu es intéressée. ^^

    Ta chronique me donne très envie de le lire, surtout qu’en plus s’il est très court je devrais réussir à le caser entre toutes les lectures qui m’attendent ! Titre noté, plus qu’à voir si ma bibliothèque l’a maintenant. Merci pour la découverte. c:

    1. Ouii, c’est justement parce que j’ai entendu parler de Sucre noir, qui avait l’air sympa, que j’ai voulu lire celui-ci 🙂 Et c’est marrant mais j’ai aussi pensé à Yves Bonnefoy la première fois que j’ai entendu parler de lui ^^
      Je croise les doigts pour que ta bibliothèque l’ait en rayon, il est génial <3

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée.Les champs requis sont indiqués *